Transcription of LeiNEs,160[2]et161[1]
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      §. 8. PH. Tant qu'un homme a la puissance de penser ou de ne pas
penser, de mouvoir ou de ne pas mouvoir conformement à la preference
ou au choix de son propre esprit, jusques là il est libre.
      TH. [Le Terme de Liberté est fort ambigu. Il y a liberté de droit,
et liberté de fait. Suivant celle de droit un esclave n'est point libre,
un sujet n'est pas entiérement libre, mais un pauvre est aussi libre qu'un
riche. La liberté de fait consiste ou dans la puissance de faire ce qu'on
veut, ou dans la puissance de vouloir, comme il faut. C'est de la liberté
de faire
que vous parlés, et elle a ses degrés et varietés. Generalement
celuy qui a plus de moyens, est plus libre de faire ce qu'il veut:
mais on entend la liberté particulièrement de l'usage des choses, qui
ont coûtume d'estre en nostre pouvoir et sur tout de l'usage libre de nostre
corps. Ainsi la prison et les maladies, qui nous empechent de donner à
nostre corps et à nos membres le mouvement que nous voulons et que
nous pouvons leur donner ordinairement, derogent à nostre liberté: c'est
ainsi qu'un prisonnier n'est point libre, et qu'un paralytique n'a pas l'usage
libre de ses membres. La liberté de vouloir est encor prise en deux
sens differens. L'un est quand on l'oppose à l'imperfection ou à l'esclavage
d'esprit, qui est une coaction ou contrainte mais interne, comme elle qui
vient des passions; l'autre sens a lieu, quand on oppose la liberté à la
necessité. Dans le premier sens les Stoiciens disoient que le sage seul
est libre; et en effect, on n'a point l'esprit libre, quand il est occupé d'une
grande passion, car on ne peut point vouloir alors comme il faut, c'est à
dire avec la deliberation qui est requise. C'est ainsi que Dieu seul est
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parfaitement libre, et que les esprits créés ne le sont qu'à mesure qu'ils
sont au dessus des passions: et cette liberté regarde proprement nostre
entendement. Mais la liberté de l'esprit, opposée à la necessité, regarde
la volonté nue et en tant qu'elle est distinguée de l'entendement. C'est ce
qu'on appelle le franc-arbitre et consiste en ce qu'on veut que les plus
fortes raisons ou impressions, que l'entendement presente à la volonté,
n'empechent point l'acte de la volonté d'estre contingent, et ne luy donnent
point une necessité absolue et pour ainsi dire metaphysique. Et c'est dans
ce sens que j'ay coutume de dire, que l'entendement peut determiner la
volonté, suivant la prevalence des perceptions et raisons d'une maniere qui
lors même qu'elle est certaine et infaillible, incline sans necessiter.
Leibniz NEs II, 21, §8, 160-161