Transcription of LeiNEs,220[3]et221[1]
— 220 —

      §. 13. PH. La conscience qu'on a de ses actions passées, ne pourroit
point estre transferée d'une Substance pensante à l'autre (et il seroit
certain que la même substance demeure, parceque nous nous sentons les
intimes), si cette conscience estoit une seule et même action individuelle
(c'est à dire, si l'action de reflechir estoit la même avec l'action sur laquelle
on reflechit en s'en appercevant.) Mais comme ce n'est qu'une representation
actuelle d'une action passée, il reste à prouver comment il n'est
pas possible, que ce qui n'a jamais esté reellement, puisse estre representé
à l'esprit comme ayant esté veritablement.
      TH. [Un souvenir de quelque intervalle peut tromper; on l'experimente
souvent, et il y a moyen de concevoir une cause naturelle de cette
erreur: mais le souvenir present ou immediat, ou le souvenir de ce qui
— 221 —
se passoit immediatement auparavant, c'est à dire la conscience ou la
reflexion, qui accompagne l'action interne, ne sauroit tromper naturellement;
autrement on ne seroit pas même certain qu'on pense à telle ou à
telle chose, car ce n'est aussi que de l'action passée qu'on le dit en soy
et non pas de l'action même qui le dit. Or si les experiences internes
immediates ne sont point certaines, il n'y aura point de verité de fait,
dont on puisse estre asseuré. Et j'ay déja dit, qu'il peut y avoir de la
raison intelligible de l'erreur qui se commet dans les perceptions mediates
et externes, mais dans les immediates internes on n'en sçauroit trouver, à
moins de recourir à la toute-puissance de Dieu.]
Leibniz NEs II, 27, §13, 220-221