Transcription of LeiNEs,320[3]
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      §. 22. PH. En attendant la reforme, qui ne sera pas prete si tost, cette
incertitude des mots nous devroit apprendre à estre moderés, surtout quand
il s'agit d'imposer aux autres le sens que nous attribuons aux anciens
auteurs: puisqu'il se trouve dans les auteurs Grecs que presque chacun
d’eux parle un langage different.
      TH. J'ay esté plustost surpris de voir que les auteurs Grecs si
eloignés les uns des autres à l'egard des temps et des lieux, comme
Homere, Herodote, Strabon, Plutarque, Lucien, Eusebe, Procope, Photius
s'approchent tant, au lieu que les Latins ont tant changé, et les Allemands,
Anglois et François bien d'avantage. Mais c'est que les Grecs ont eu dès
le temps d'Homere et plus encor lorsque la ville d'Athenes estoit dans un
estat florissant, de bons Auteurs, que la posterité a pris pour modeles au
moins en ecrivant. Car sans doute la langue vulgaire des Grecs devoit
estre bien changée déja sous la domination des Romains. Et cette même
raison fait que l'Italien n'a pas tant changé que le François, parce que
les Italiens ayant eu plustost des ecrivains d'une reputation durable, ont
imité et estiment encor Dante, Petrarque, Boccace et autres auteurs d'un
temps d'où ceux des François ne sont plus de mise.
Leibniz NEs III, 9, §22, 320