Transcription of LeiNEs,439[2]et440[1]
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Chapitre XV.

De la Probabilité.

      §. 1. PH. Si la demonstration fait voir la liaison des idées, la
probabilité n'est autre chose que l'apparence de cette liaison fondée
sur des preuves où l'on ne voit point de connexion immuable. §. 2. Il y
a plusieurs degrés d'Assentiment depuis l'assurance jusqu'à la conjecture,
au doute, à la defiance. §. 3. Lorsqu'on a certitude, il
y a intuition dans toutes les parties du raisonnement, qui en marquent la
liaison; mais ce qui me fait croire est quelque chose d'etranger. §. 4.
Or la probabilité est fondée en des conformités avec ce que nous sçavons,
ou dans le temoignage de ceux qui le sçavent.
      TH. J'aimerois mieux de soutenir qu'elle est tousjours fondée dans
la vraisemblance ou dans la conformité avec la verité: et la temoignage
d'autruy est encor une chose, que le vray a coustume d'avoir pour luy à
l'egard des faits qui sont à portée. On peut donc dire que la similitude
du probable avec le vray est prise ou de la chose même, ou de quelque
chose etrangere. Les Rhetoriciens mettent deux sortes d'argumens: les
artificiels qui sont tirés des choses par le raisonnement, et les inartificiels
qui ne se fondent que dans le temoignage expres ou de l'homme
ou peutestre encor de la chose même. Mais il y en a de melés encor,
car le temoignage peut fournir luy même un fait, qui sert à former un
argument artificiel.
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Leibniz NEs IV, 15, §1, 439-440