Lettres à Charles Maurras - Lucien Moreau (1872-1935) - Presses universitaires du Septentrion

Lettres à Charles Maurras

 | 
Agnès Callu
, 
Patricia Gillet

Les figures tutélaires

Lucien Moreau (1872-1935)

Laurent Ferri

Texte intégral

  • 1 Lucien Moreau était le petit-neveu d’Augustin Boyer, beau-frère, associé puis diffuseur de Pierre (...)
  • 2 Correspondance d’Edmond Fleg pendant l’Affaire Dreyfus, Paris, Nizet, 1976, p. 131, lettre de févri (...)
  • 3 Voir les notices biographiques de Vaugeois et Pujo.

1« C’est toujours un miracle étonnant qu’une conversion » : cette citation de Paul Claudel pourrait résumer le ravissement des premiers militants de l’Action française devant le ralliement au nationalisme intégral, puis au néo-monarchisme, d’éléments inattendus. Ainsi, l’arrivée d’un Lucien Moreau avait quelque chose de spectaculaire. Espoir du clan Larousse1 non baptisé et se déclarant vers 1900 « pas chrétien du tout »2, il était héritier d’une tradition progressiste, et avait même incliné, adolescent, pour l’anarchisme libertaire. Toutefois, ce n’est pas dans cette évolution, au reste point exceptionnelle3, qu’il faut chercher l’originalité du personnage. Elle réside plutôt dans trois caractéristiques.

  • 4 François Huguenin, À l’école de l’Action française, Paris, Lattès, 1998, p. 578.
  • 5 « Mon coup d’éclat me valut un ami et quel ami ! Celui même sans lequel l’Action française n’eût j (...)
  • 6 Victor Nguyen, « Maurras, la Revue encyclopédique Larousse et l’affaire Dreyfus », in Mélanges en (...)
  • 7 Billet à Maurras du 24 octobre 1928 : « Il faut que vous sachiez que tout ce qui se dit dans le bu (...)

2Premièrement, Moreau était le seul chef à avoir été un ami personnel de Charles Maurras depuis 1892. Il était alors secrétaire de rédaction de la Revue encyclopédique Larousse. Maurras, critique littéraire, raconta à Mgr Penon comment il avait « pris, en quelques mois, une assez grande influence sur l’esprit du directeur. Il s’agissait de Georges Moreau, dont l’amitié ne devait pas se démentir après quelques traverses dans l’affaire Dreyfus » : façon de rappeler sa démission forcée de la revue en juillet 19004. Dans le même temps Lucien, le neveu de Georges, déjà prompt à féliciter Maurras pour sa défense du colonel Henry5, se voyait refuser l’insertion d’un article sur L’Appel au soldat de Barrès6. La conversion au royalisme fut définitivement acquise en 1903, en même temps que celle de Louis Dimier. Au sein du petit monde où régnaient l’émulation intellectuelle et la ferveur militante, mais aussi la suspicion et le goût du secret7, Moreau devint l’un des disciples préférés.

  • 8 Cf. Huguenin, op. cit., p. 84. Voir aussi François Hartog, Le cas Fustel de Coulanges, Paris, 2001.
  • 9 Pascal Foucher, « L’édition » in Histoire des droites en France (dir. Sirinelli), Paris, Gallimard (...)
  • 10 Principalement : le groupe royaliste du XVIIe arrondissement autour d’Henry des Lyons, les jeunes (...)

3« Grand rectificateur » (Daudet), Moreau avait en revanche peu d’appétence pour le coup d’État, ou simplement le coup de poing. Il paraissait voué surtout aux tâches d’organisation, et sa grande affaire fut la propagation de la doctrine. Il imagina d’abord l’Institut d’Action française. Rue Serpente, puis rue Saint-André-des-Arts, celui-ci relevait à la fois des conférences mondaines et de l’école des cadres du parti. Titulaire de la chaire de nationalisme français, Moreau sut y « recadrer le débat en expliquant la politique d’AF face aux catholiques libéraux, aux nietzschéens et à Barrès »8. Le même souci d’organiser méthodiquement une contre-société intellectuelle poussa Moreau à devenir avec Rivain, à partir d’avril 1908, l’un des piliers de la Revue critique des idées et des livres, sorte de NRF des nationalistes9. Les jeunes s’activaient en ordre dispersé10 ? Moreau, président des Étudiants d’Action française depuis 1906, créa le 16 novembre 1908, avec Pujo, les Camelots du Roi. En 1920, c’est encore lui qui prit l’initiative de ramifier l’Institut en province. Enfin, de 1927 à 1932, il fut directeur de la Société de librairie, d’enseignement et de publicité d’Action française.

  • 11 Paul Renard, L’Action française et la vie littéraire (1931-1944), Lille, Presses du Septentrion, 2 (...)

4Dernière caractéristique notable : la volonté de plier les canons esthétiques à l’idéologie. Là où Daudet faisait montre d’une certaine ouverture et indépendance d’esprit, révélant Kessel et Céline, honorant Zola et Proust en « emm… la Patrie » au besoin, Moreau poussa toujours Maurras à préciser la doctrine littéraire d’Action française11. Du reste, cette vision politico-littéraire du monde, qui contrastait sauf exceptions, au sein de l’Action française, avec l’ignorance voire le dédain pour l’analyse « scientifique » des faits économiques et sociaux, est sans doute, par-delà la figure de Lucien Moreau, l’un des traits marquants du mouvement.

  • 12 Dans une lettre non reproduite, il est question d’une précieuse montre offerte à l’enfant.

5Notre sélection de lettres permet de se faire une idée de l’affection qui pouvait naître du compagnonnage politique. Charles Maurras était le parrain généreux de François Moreau12. Jacques Maurras devint le médecin d’une partie de la famille.

  • 13 Il ne s’agit pas de l’écriture de Lucien : celle de son père Émile, ou de son oncle Georges ?
  • 14 Jean-Noël Jeanneney, Le Duel, une passion française (1789-1914), Paris, Seuil, 2004.
  • 15 Au signe de Flore, p. 151. Gabriel Monod (1844-1912), d’origine protestante, ancien étudiant à l’EN (...)
  • 16 Le café portant ce nom fut le QG de l’Action française, avant d’être celui des existentialistes.
  • 17 Cf. op. cit., p. 227.

6Un court message signé « Moreau »13 rappelle tout d’abord que, tout admirateur de Richelieu et tout ennemi juré du « romantisme » en politique qu’il fût, Maurras n’en avait pas moins sacrifié à l’un des rites pour – entre autres – journalistes et mondains du XIXsiècle : le duel, cette « passion française »14. Ayant mené violemment campagne contre l’historien dreyfusard Monod et sa famille, selon lui « la plus puissante de France après la famille Dreyfus »15, Maurras avait par exemple dû se battre à l’épée en 1900. Il raconta plus tard l’épisode à sa façon, non dénuée d’autodérision : « Les Monod bougeaient, quelle joie ! Par une belle après-midi de la fin de février, ils étaient venus en nombre à Flore16 afin de me [rouer de] coups […] Tout allait vite en ce temps-là […] Le chef des envahisseurs […] accepta au 1er mars suivant un rendez-vous à La Grande Jatte […] Je tenais mon épée comme un bâton et en donnai des coups violents, de haut en bas, sur l’épée du petit Monod […] il n’était pas difficile de m’embrocher […] Le dieu des ivrognes et des débutants fit que je m’en tirai par un insignifiant petit séton de quatre centimètres à l’avant-bras »17.

  • 18 Christophe Prochasson invite toutefois à la prudence : « la jeunesse d’Agathon n’est ni Action fra (...)
  • 19 Organe légitimiste de 1831 à 1915. Maurras y écrira jusqu’en 1908.
  • 20 Cf. Jérôme Grondeux, « L’Affaire Dreyfus et le surgissement de Charles Maurras dans la vie politiqu (...)
  • 21 Cf. Dictionnaire des intellectuels…, p. 39.

7En septembre 1906, Lucien Moreau prend quelques jours de vacances. Il ne saurait pourtant perdre de vue la politique : l’hôtel où il séjourne venant d’accueillir un congrès pacifiste, il se lance dans une diatribe enflammée, assortie de remarques xénophobes et d’attaques personnelles contre Ferdinand Buisson. Qu’une opération de séduction soit lancée dans le même temps en direction de la jeunesse lycéenne et estudiantine ne saurait étonner. En effet, la nouvelle génération semble réceptive aux thèmes nationalistes et à l’activisme de l’Action française – voir, cinq ans plus tard, l’enquête d’Agathon18. La grande difficulté consiste à canaliser son énergie et sa ferveur : la Restauration doit devenir son but. À en croire Moreau, la Ligue et le journal d’Action française (1905), extrêmement dynamiques, prennent simplement le relais de la vénérable Gazette de France19 et autres cercles d’arrière-garde20 où l’attachement au roi est plus sentimental que politique. Toutefois, comme l’a noté Alain-Gérard Slama, bien que l’AF ait « mordu » sur la clientèle monarchiste traditionnelle, son audience va d’emblée au-delà21.

Lettre de Lucien Moreau à Charles Maurras, Pallanza, 19 septembre 1906.

Lettre de Lucien Moreau à Charles Maurras, Pallanza, 19 septembre 1906.
  • 22 Parmi les dirigeants tombés au champ d’honneur : Eugène Cavaignac, titulaire du premier prix d’his (...)

8En 1916, engagé volontaire dans l’artillerie, le même envoie à Maurras quelques impressions du front. Il espère encore une offensive et une victoire rapides sur « les Boches », mais l’heure n’est plus à l’exaltation. Les champs couverts de croix depuis la bataille de la Marne rappellent le prix à payer. Au passage, l’attribution en 1919 du prix Goncourt au roman de Marcel Proust À l’ombre des jeunes filles en fleur contre Les Croix de bois de Dorgelès, en bonne partie grâce au vote d’un juré nommé Léon Daudet, fera des vagues au sein de l’Action française. Pour lors, il est intéressant de constater à quel point cette communauté, affectée par plusieurs décès22, n’est pas dissoute par l’éclatement géographique. Le courrier et le journal font le lien jusque dans les tranchées, les plus âgés veillent sur les enfants des plus jeunes, les permissions sont pour les militaires l’occasion d’aller saluer Maurras.

Lettres de Lucien Moreau à Charles Maurras (1906-1916)23

  • 23 Cf. AN, 576 AP 3 et 51.
  • 24 Le plus ancien secrétaire de rédaction de l’Action française.
  • 25 Futur président de la fédération parisienne de la Ligue de 1915 à sa démission en 1930.
  • 26 En 1906, l’Action française relance l’Affaire sur le plan de l’interprétation juridique (« le Tali (...)
  • 27 Ferdinand Buisson (1841-1932), éminent pédagogue, dreyfusard, député radical-socialiste de la Sein (...)

1.
[Papier fourni par le Grand Hôtel Pallanza, Lac Majeur]
19 septembre 1906
Mon cher ami,
Vous êtes allé vous informer à l’Imprimerie, et mon remords augmente de ne vous avoir plus tôt récrit. Ç’a été pure paresse pendant plus de huit jours ; puis l’Anarchie est enfin venue prendre sa part de responsabilités. Accepterez-vous cependant les bons souvenirs qu’elle vous envoie ? Cette indulgence fameuse… Je me porte de mieux en mieux, et je pense rentrer dans les tout premiers jours d’octobre. En attendant, comme le temps s’est refroidi, avec pluie sur le lac et neiges aux environs, nous allons nous allons nous réfugier quelques jours à Milan, je ne sais encore l’hôtel, mais je ne manquerai pas de passer à la poste restante, et vous serez bien aimable de le dire à Gonnet24, en le remerciant de ses divers envois. Ai-je pu vous dire combien m’ont plu, dans le no du 1er septembre, la note parfaite de Vaugeois, l’excellent Mercier, la Ligue toujours si vivante et qu’on voit grandir comme un enfant sainement constitué – quoi encore ? Vos articles de la Gazette, ce sont vos articles et qu’en dire de mieux ? La lettre de Vésins25 m’a paru d’un très heureux symptôme, en me rappelant aussi qu’il faut maintenir notre but. Mais j’en viens à la campagne anti-dreyfusarde26 à laquelle inutile de vous dire de quel cœur je compte m’associer. La première nouvelle m’est venue de L’Éclair, la seconde de Gil Blas, et les deux m’ont ravi comme l’attaque et le « touché ». J’ai vu depuis par La Gazette (qui m’est envoyée de Thiais) qu’il y en a d’autres échos intéressants. J’ai enfin reçu hier la Circulaire, magnifique comme le Programme. Je serais bien étonné si, comme vous le dîtes, on s’ennuyait cet automne. J’ai pensé naturellement à nos jeunes étudiants et aux moyens de les associer à l’affaire : mais je n’ai même pas l’adresse de Mailly, qui a toutes les autres ; Gonnet lui a-t-il envoyé la Circulaire ? Je rougis un peu de ne pouvoir envoyer que de simples bravos… Cet hôtel fut envahi hier à midi par le Congrès des pacifistes, et je veux du moins vous en dire un mot. Une bande innommable, un salmigondis de classes, de sexes, d’âges, de nationalités, de jargons, de niaiseries, tout cela se réclamant de l’initiative française, et nos compatriotes déclarant qu’ils représentent notre « conscience nationale ». Faut-il ici vous nommer cet ignoble, rampant et jésuite Buisson27 ? Le voir glisser chétivement après l’avoir entendu cabotiner avec son zézaiement ridicule, tandis que ce tas d’imbéciles acclamaient en lui un « député de Paris », comme si tout ça figurait quoi que ce soit qui puisse honorer l’Humanité ! Je ne connais rien d’aussi dégoûtant. Mais j’ai noté avec un certain plaisir, celui qu’on trouve à vérifier un classement bien fait, qu’un orateur italien, avant de célébrer l’Humanité future, s’émouvait aux souvenirs récents du Risorgimento. Quant à Buisson, savez-vous le titre qu’il s’est reconnu pour prendre la parole au milieu de tous ces étrangers ? Il y a trente-neuf ansil préconisait déjà le rapprochement des peuples, et vous voyez d’ici la suite : idées alors prématurées, mais qui depuis… et qui bientôt vont triompher. Peut-être la trahison de Dreyfus est-elle moins digne au point de vue moral, d’exécration et de mépris. Elle est en tout cas moins funeste ; mais ceci est un peu trop évident. Il y aurait du plaisir à faire connaître à ce Buisson son infamie, car je reste assuré qu’il ne le sait pas assez, et c’est encore sa sottise qui me répugne le plus. Excusez cette longue diatribe, faîtes à tous mes amitiés, et ne concluez pas de mon silence que j’en sois moins, mon cher ami, votre affectionné.
LM
Avez-vous reçu la lettre où, vers le 15 août je crois, je vous disais que mon Père était disposé à souscrire 1000 francs pour l’Affiche ?

  • 28 Louis Dimier (1865-1953), grand historien d’art, mais aussi directeur de l’Institut d’Action franç (...)
  • 29 S’agit-il de l’officier « réactionnaire » fiché par le Grand Orient ? Cf. François Vindé, L’Affair (...)
  • 30 Spécialiste de Stendhal, collaborateur de la Revue critique des idées et des livres et de l’Action (...)
  • 31 Abel Hermant (1862-1950), auteur d’une célèbre charge contre la vie de caserne, Le cavalier Misere (...)

2.
Sur l’enveloppe : Envoi du M [aréch] al [des logis] Moreau
Artillerie (10e batterie)
Secteur postal 124
20 juillet 1916
Mon cher ami,
J’ai retrouvé ma Batterie où je l’avais laissée, mais voici le premier moment que je trouve pour vous écrire. Mes comptes à remettre en ordre, la promenade hygiénique de tous les matins, un après-midi passé dimanche à courir jusqu’à G…, « la martyre » de septembre 1914, qui n’est qu’à une dizaine de kms, et que depuis longtemps j’ai envie de visiter, quel tableau ! Les récits des habitants aidant, on croit tout revoir, et c’est d’autant plus émouvant que la vie, comme elle devait, a repris son cours : jolies filles qui passent et rient, un « café des ruines », cartes postales à tous les coins ; aux abords de la petite ville, des centaines de petites croix semées par les champs : entre tant de pays mis à sang, là, vraiment, ç’a été terrible. Nous allons partir, enfin ! ces jours-ci, pour une destination que j’ignore ; s’agit-il de ré-entraîner notre cavalerie, ou bien de la rapprocher immédiatement de quelque offensive qui nous donnerait [des] chances de passer ? En tout cas, les nouvelles que donnent les journaux me font espérer que, tout de suite ou plus tard, nos batteries vont bientôt reprendre le rôle qui est toute leur raison d’être ; vous auriez plaisir à constater combien la perspective de quitter notre Capoue lorraine enchante tout le personnel… Je voulais vous dire merci pour le fameux dîner que vous nous avez fait faire – vous savez si l’on est gourmand à la rue du Bac (façon de parler, pauvre rue du Bac !), vous nous avez régalés avec la perfection que vous mettez à ce que vous faîtes, et, pour ne plus rien dire de la guenille, quelles bonnes heures, trop peu nombreuses… Nous en aurons davantage à la paix prochaine. Faîtes mes amitiés à Daudet, à Bainville, Dimier28, le commandant… Le journal m’enchante de plus en plus (quel beau 14 juillet !), je ne puis vraiment avoir la moindre inquiétude financière, je le disais l’autre jour au commandant de Maistre29, qui est toujours un charmant homme et qui vous envoie ses amitiés. Voulez-vous donner au Docteur ma bien affectueuse poignée de main, en lui disant combien j’ai été heureux de lui soumettre mes hésitations quant au petit François ; à la sagesse de ses avis, j’ai bien reconnu Vésale, et votre commère sera grâce à lui moins embarrassée pour la marche à suivre cet été. Puisse-t-il, la guerre finie, ne pas aller s’exiler encore au fond de cette Chine… Au revoir, mon cher ami, bien affectueusement votre vieil [sic]
LM
N’est-ce pas Marsan30 qui vous a donné ses vives impressions du 14 juillet et cet excellent abattage de « Bebel » Hermant31 ? Mais Marsan était donc à Paris ? Peut-être en permission… j’ai bien cru le reconnaître, et au texte, et au « chapeau ».

Notes

1 Lucien Moreau était le petit-neveu d’Augustin Boyer, beau-frère, associé puis diffuseur de Pierre Larousse. Son père Émile (1841-1919) ses oncles Auguste (1844-1884) et Georges (1853-1934, l’inventeur de la « semeuse ») possédaient à la fin du XIXsiècle, avec leur cousin Gillon, un tiers de l’entreprise Larousse, dont la prospérité continuait avec le Supplément au Dictionnaire et le Larousse illustré. Jacques, fils de Georges, dirigea la librairie (1920-1950). Cf. Jean-Yves Mollier, L’argent et les lettres (1860-1920), Paris, Fayard, 1988.

2 Correspondance d’Edmond Fleg pendant l’Affaire Dreyfus, Paris, Nizet, 1976, p. 131, lettre de février 1900. La réputation de mécréant devait suivre longtemps Moreau, même après sa conversion au catholicisme.

3 Voir les notices biographiques de Vaugeois et Pujo.

4 François Huguenin, À l’école de l’Action française, Paris, Lattès, 1998, p. 578.

5 « Mon coup d’éclat me valut un ami et quel ami ! Celui même sans lequel l’Action française n’eût jamais existé et n’eût jamais duré », précisera Maurras dans Au signe de Flore, Paris, Crès, 1931, p. 83.

6 Victor Nguyen, « Maurras, la Revue encyclopédique Larousse et l’affaire Dreyfus », in Mélanges en l’honneur de Pierre Guiral, Paris, Publications de la Sorbonne, 1988, p. 229-243. Georges Moreau lui avait écrit : « votre nom est devenu un drapeau, et votre seule signature, même au bas d’articles littéraires, a le privilège d’exaspérer beaucoup de lecteurs. L’avouerais-je ? Elle m’exaspère moi-même ». Plus tard, Émile et Georges Moreau se rallièrent à l’Action française et la financèrent. Il semble qu’un cousin de Lucien ait préféré Doriot.

7 Billet à Maurras du 24 octobre 1928 : « Il faut que vous sachiez que tout ce qui se dit dans le bureau de Larpent et Delebecque s’entend dans le mien et peut-être jusque dans le petit bureau des abonnements », cf. 576 AP 51.

8 Cf. Huguenin, op. cit., p. 84. Voir aussi François Hartog, Le cas Fustel de Coulanges, Paris, 2001.

9 Pascal Foucher, « L’édition » in Histoire des droites en France (dir. Sirinelli), Paris, Gallimard « Essais », 1992, tome 2, p. 261. La Nouvelle librairie nationale, sise 85 rue de Rennes, ferma pour raisons financières et céda gratuitement son fonds à une nouvelle société, 11 rue de Médicis, le 1er juillet 1912. Celle-ci resta dans le giron de l’AF jusqu’en 1925, date de la rupture définitive avec Georges Valois qui en était la cheville ouvrière.

10 Principalement : le groupe royaliste du XVIIe arrondissement autour d’Henry des Lyons, les jeunes recrues de l’Accord social de l’imprimeur Firmin Bacconnier, et les étudiants d’Action française dans le Quartier Latin.

11 Paul Renard, L’Action française et la vie littéraire (1931-1944), Lille, Presses du Septentrion, 2003.

12 Dans une lettre non reproduite, il est question d’une précieuse montre offerte à l’enfant.

13 Il ne s’agit pas de l’écriture de Lucien : celle de son père Émile, ou de son oncle Georges ?

14 Jean-Noël Jeanneney, Le Duel, une passion française (1789-1914), Paris, Seuil, 2004.

15 Au signe de Flore, p. 151. Gabriel Monod (1844-1912), d’origine protestante, ancien étudiant à l’ENS puis aux universités de Berlin et de Göttingen (1867-1868), président de la IVe section de l’EPHE, directeur de la Revue historique, président du jury d’agrégation d’histoire, membre de l’Institut, « éminence grise de plusieurs ministres de l’Instruction publique » (cf. Romain Vaisserman, « Gabriel Monod – Charles Péguy : vie et mort d’une amitié d’intellectuels », dans Mil neuf cent, no 20, 2002, p. 113-128).

16 Le café portant ce nom fut le QG de l’Action française, avant d’être celui des existentialistes.

17 Cf. op. cit., p. 227.

18 Christophe Prochasson invite toutefois à la prudence : « la jeunesse d’Agathon n’est ni Action française, ni pré-fasciste », Dictionnaire des intellectuels français (Julliard et Winock éd.), Paris, 1996, p. 442.

19 Organe légitimiste de 1831 à 1915. Maurras y écrira jusqu’en 1908.

20 Cf. Jérôme Grondeux, « L’Affaire Dreyfus et le surgissement de Charles Maurras dans la vie politique française », dans La postérité de l’Affaire Dreyfus (Leymarie éd.), Lille, Presses du Septentrion, 1998, p. 125 et sq.

21 Cf. Dictionnaire des intellectuels…, p. 39.

22 Parmi les dirigeants tombés au champ d’honneur : Eugène Cavaignac, titulaire du premier prix d’histoire de la fondation Fustel de Coulanges († 1914), Léon de Montesquiou, ancien professeur à l’Institut d’Action française, et Octave de Barral, président de la fédération parisienne de la Ligue († 1915).

23 Cf. AN, 576 AP 3 et 51.

24 Le plus ancien secrétaire de rédaction de l’Action française.

25 Futur président de la fédération parisienne de la Ligue de 1915 à sa démission en 1930.

26 En 1906, l’Action française relance l’Affaire sur le plan de l’interprétation juridique (« le Talisman »).

27 Ferdinand Buisson (1841-1932), éminent pédagogue, dreyfusard, député radical-socialiste de la Seine (1902-1914), présent aux congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté à Genève (1867, d’où « trente-neuf ans ») et à Lausanne (1869), secrétaire général de l’Association française pour la Société des nations, Prix Nobel de la Paix en 1927.

28 Louis Dimier (1865-1953), grand historien d’art, mais aussi directeur de l’Institut d’Action française.

29 S’agit-il de l’officier « réactionnaire » fiché par le Grand Orient ? Cf. François Vindé, L’Affaire des fiches 1900-1904, Paris, Éditions universitaires, 1989, p. 230.

30 Spécialiste de Stendhal, collaborateur de la Revue critique des idées et des livres et de l’Action française.

31 Abel Hermant (1862-1950), auteur d’une célèbre charge contre la vie de caserne, Le cavalier Miserey (1887), incarnait l’anglophilie. Il sera de l’Académie aux côtés de Maurras, et s’en verra exclu, comme lui, en 1945.

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Titre Lettre de Lucien Moreau à Charles Maurras, Pallanza, 19 septembre 1906.
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