La « conquête de l’Auvergne » par Philippe Auguste
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La « conquête de l’Auvergne » par Philippe Auguste

The “Conquest” of Auvergne by Philip Augustus
Rémy Roques
p. 245-258

Résumés

Depuis la fin du xixe siècle, les historiens présentent l’intervention militaire de Philippe Auguste contre le comte d’Auvergne, en 1210-1213, comme une « conquête ». Ils construisent leur interprétation en se référant principalement aux Chroniques de Guillaume le Breton. Après une période d’« indépendance », l’Auvergne aurait basculé sous domination capétienne par la force des armes. Ce moment 1210-1213 peut être réinterrogé en élargissant sa chronologie, en examinant des documents de la pratique et, plus globalement, en questionnant les modalités d’intégration de l’Auvergne à la constellation capétienne. Dès lors, la « conquête » apparaît davantage comme l’aboutissement d’une politique progressive de pénétration, déjà largement engagée, que comme le résultat d’une volonté expresse de mettre la main sur une région pour la rattacher au domaine royal.

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Texte intégral

  • 1 Christian Amalvi, « L’image du règne de Philippe Auguste dans la littérature du xixe siècle », dans (...)
  • 2 Henri-François Delaborde introduit le premier tome des Recueils des actes de Philippe Auguste par c (...)
  • 3 Par exemple, Françoise Autrand, Dominique Barthélemy et Philippe Contamine, « L’espace français : h (...)
  • 4 Olivier Descamps, « L’essor des droits savants à l’époque de Philippe Auguste », dans Autour de Phi (...)
  • 5 John Baldwin, « La décennie décisive : les années 1190-1203 dans le règne de Philippe Auguste », Re (...)

1Dénigré par les romantiques qui, dans la première moitié du xixe siècle, lui reprochent son manque d’esprit chevaleresque1, Philippe Auguste (1180-1223) est érigé en champion de l’unité française par les historiens méthodiques2, avant d’apparaître, dans les années 1980-1990, comme le fondateur de la « monarchie administrative »3. Au cours de son règne, la justice et les finances sont réorganisées, le droit savant devient un instrument au service des prétentions royales4, le contrôle territorial et celui des officiers se précisent. Ces transformations, pour l’essentiel intervenues dans les années 1190-12035, consolident et préparent les conquêtes territoriales. Philippe Auguste profite également de la mort de Richard Cœur de Lion (1199) et de l’affaiblissement de l’empire des Plantagenêts pour placer plusieurs principautés et seigneuries sous sa domination (fig. 1). Le domaine royal s’accroît, le cortège des vassaux se renforce et les richesses s’accumulent, en même temps que sont confortées les assises symboliques de la royauté.

Fig. 1 – L'Auvergne, à la fin du règne de Philippe Auguste (1223).

Fig. 1 – L'Auvergne, à la fin du règne de Philippe Auguste (1223).

© Rémy Roques et Thomas Areal, avril 2019.

  • 6 Grand Atlas historique : l’histoire du monde en 520 cartes, G. Duby (dir.), Paris, Larousse, 2001 ( (...)

2Les succès politiques et militaires de Philippe Auguste ont forgé l’image d’un « conquérant » qui prévaut aujourd’hui. Pour illustrer ses conquêtes, les cartes des manuels juxtaposent le domaine royal tel qu’il se présente en 1180 et celui en 1223. À la mort du roi, ce domaine s’étend de la Manche à l’Auvergne6. La position des Capétiens est désormais suffisamment assurée dans leur royaume pour que s’élargisse leur horizon politique.

  • 7 Par commodité, « Auvergne » désigne, dans les lignes qui suivent, le territoire correspondant à l’a (...)

3L’une des données mise en exergue par l’historiographie est le rattachement de l’Auvergne7 à la constellation capétienne par la « conquête » de 1213. Les historiens se fondent sur deux textes de Guillaume le Breton. Le récit le plus précis des événements est celui des Gesta (chapitre 156). En 1210, le comte d’Auvergne, Gui II (1195-1222), ayant commis beaucoup de dommages, de nombreuses plaintes sont adressées à Philippe Auguste. Celui-ci réprimande son vassal par lettre et par l’intermédiaire de ses agents. Mais le comte passe outre ces avertissements et détruit une abbaye. Le roi envoie une armée conduite par le sire de Dampierre, le mercenaire Cadoc et l’archevêque de Lyon. Sous leur commandement, les troupes royales prennent possession de Riom, puis mettent le siège devant Tournoël, forteresse réputée imprenable. Au cours des opérations, un fils et un neveu de Gui II sont faits prisonniers et les assiégés se rendent. Dans le château de Tournoël sont retrouvés des livres, des ornements et des objets précieux provenant des églises victimes des exactions du comte d’Auvergne. Dans la Philippide (livre VIII du même Guillaume le Breton), Gui II est accusé d’avoir dépouillé plusieurs communautés religieuses de leurs biens. En réponse à ces exactions, l’ost royal s’empare de nombreuses forteresses et de tout le comté.

  • 8 Pierre Audigier, Histoire d’Auvergne, 1 : Projet de l’histoire d’Auvergne, Clermont-Ferrand, Louis  (...)
  • 9 Jean-Baptiste Bouillet, Nobiliaire d’Auvergne, 1 : A-B, Clermont-Ferrand, s. n., 1846, p. XII.
  • 10 Edgar Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Poitiers : étude sur la réunion des provinces du Midi et (...)
  • 11 René Rigodon, Histoire de l’Auvergne, Paris, Presses universitaires de France (Que sais-je ?, 144), (...)

4De ces deux narrations, les historiens ont déduit que l’Auvergne a été conquise par Philippe Auguste en 1213 : la région aurait été « réduite en province du royaume de France »8, le comté « confisqué »9. Edgard Boutaric, professeur à l’École des chartes, est l’un des premiers à évoquer une « conquête »10, qui marquerait le début d’une période durant laquelle « les nobles [auvergnats] perdirent leur indépendance politique »11.

  • 12 Jean-Marie Le Gall, Défense et illustration de la Renaissance, Paris, Presses universitaires de Fra (...)
  • 13 Cette thématique de recherche a profondément été renouvelée par plusieurs thèses (par date croissan (...)

5« Tout récit historique suppose un séquençage »12. Pour l’histoire de l’intégration de l’Auvergne au domaine royal, l’événement de la « conquête de 1213 » constitue une borne chronologique commode et arrange les historiens dans leur tâche descriptive. Il marque le passage d’un « avant », celui d’une autonomie régionale (plus ou moins relativisée par les historiens qui se sont penchés sur la question), à un « après », celui de l’Auvergne royale et française. Mais le bien-fondé de ce découpage chronologique doit être réinterrogé. Bien avant 1213, le Capétien s’intéresse à l’Auvergne : il s’y fait représenter par des officiers, s’y rend pour faire la guerre à la demande de l’aristocratie locale, y fait reconnaître son autorité. La reformulation du moment 1213 implique donc d’adopter un angle de vue plus large sur sa chronologie et ses modalités, en s’inscrivant dans le prolongement de travaux récents sur l’histoire de la progression du pouvoir royal, en France, au xiiie siècle13.

  • 14 Cet article est le résultat de lectures amicales et critiques. Il s’appuie sur : Noblesse auvergnat (...)

6Le premier volet de cette enquête propose un tableau des pouvoirs en Auvergne à l’avènement de Philippe Auguste. La deuxième partie étudie les modalités de la progression du pouvoir royal tout au long du règne de Philippe Auguste. Enfin, en confrontant les récits littéraires aux actes de la pratique, la troisième et dernière partie tente une nouvelle interprétation des événements14.

  • 15 Lorsque, dans son Philippe Auguste, John Baldwin fait référence à l’Auvergne, il accompagne ses rem (...)
  • 16 Jean-Luc Fray, « Auvergne, Velay et royaume d’Arles : éléments pour une révision de la géographie r (...)

7Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut remettre en cause une autre certitude historiographique. Non, l’Auvergne médiévale n’est pas un ensemble compact de hautes terres difficilement pénétrables. Non, les Auvergnats n’ont pas vécu, des siècles durant, sans contact autre qu’exceptionnel avec l’extérieur15. Une telle perception est influencée par le regard contemporain jeté sur un Massif central isolé et mal desservi. Elle est celle d’un monde de la vitesse et du déplacement permanent, le nôtre, et non celle d’une époque où le temps et l’allure étaient celles des piétons et des chevaux. Tout au long du Moyen Âge, les Auvergnats s’inscrivent dans des réseaux relationnels qui dépassent largement le cadre local16.

L’Auvergne en 1180

Un comté en situation d’échec

  • 17 Emmanuel Grélois et Marie Saudan (éd.), Chartes et documents de l’église de Clermont antérieurs au (...)

8Les comtes d’Auvergne sont d’anciens vicomtes de Clermont au pouvoir réputé mal assis et qui font face à la concurrence de la seigneurie épiscopale au xie siècle. La cession du droit monétaire à l’évêque de Clermont (ca 1030-1043) les prive d’un droit seigneurial majeur17.

  • 18 Étienne Baluze, Histoire généalogique de la Maison d’Auvergne, Paris, Imprimerie Antoine Dezallier, (...)
  • 19 Ibid., p. 63.
  • 20 Michel Estienne, Le pouvoir partagé. La basse Auvergne au Moyen Âge classique, 1150 à 1350, thèse p (...)
  • 21 Arch. nat., J 1132 no 4 (1204). Sur la production documentaire des comtes d’Auvergne, voir Christel (...)

9Vers 1150, la famille et les domaines comtaux sont partagés entre Guillaume VIII et son neveu Guillaume VII. En 1162, Guillaume VIII est appelé « Arvernorum Comes » dans une bulle du pape Alexandre III18. En 1167, Guillaume VII se nomme « Comes Alverniae » dans un acte de donation en faveur de l’abbaye de Mozac19. Par la suite, les titulaires de la fonction alternent, dans les textes, entre « comte d’Auvergne », « comte des Arvernes » et « comte de Clermont ». Si les deux familles comtales exercent leur autorité sur des domaines distincts, chacune cherche à faire apparaître dans son titre le déterminant topographique « Auvergne », signe d’une domination légitime exercée sur la totalité du comté20. Toutefois, par souci diplomatique, lorsque les représentants des deux branches apparaissent côte à côte dans les actes, ils s’intitulent seulement « comtes »21.

  • 22 Robert de Torigny, « Chronica », dans Chronicles of the Reigns of Stephen, Henry II and Richard I, (...)

10D’après Robert de Torigny, Guillaume VIII aurait juré à Henri II, alors duc d’Aquitaine et par conséquent suzerain direct des comtes d’Auvergne, que son neveu, Guillaume VII, lui succéderait. Revenant sur ses paroles, il est assigné à comparaître devant le roi d’Angleterre. Il fait alors alliance avec Louis VII, forçant le Plantagenêt à intervenir militairement en Auvergne, en 116722.

Les forces centrifuges : les évêques de Clermont et les aristocrates locaux

  • 23 Anne-Hélène Brunterc’h, « Étienne II, évêque de Clermont et le principat aquitain », dans Foi chrét (...)
  • 24 Jean Gaudemet, Le gouvernement de l’Église à l’époque classique, deuxième partie : Le gouvernement (...)
  • 25 Robert-Henri Bautier et Monique Gilles (éd.), Chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens dite de Clar (...)
  • 26 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 77.

11Conséquence de l’absence d’un véritable pouvoir princier local, les évêques d’Auvergne entreprennent, dès la fin du xe siècle, de renforcer leur pouvoir : Étienne II (ca 943-984) joue un rôle de premier plan dans la tentative d’imposition de la paix de Dieu et l’établissement d’une seigneurie épiscopale23. Clermont en devient, jusqu’au xvie siècle, la capitale. L’évêque y compose avec le pouvoir capitulaire et la présence comtale. Dès le début du xiie siècle au plus tard, la fondation de Montferrand est un moyen pour le comte de se doter d’un point d’appui propre. Le diocèse de Clermont, fort de 760 paroisses, est l’un des plus vastes du royaume de France24. Son évêque ne répugne pas à manier les armes du siècle pour y asseoir son autorité. Il peut ainsi lever l’ost et s’en servir pour faire la guerre. La chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens signale qu’en 1105 l’évêque d’Auvergne est dans les environs de Mauriac avec une grande armée (« cum maximo exercitu »), comme le lui permet la coutume25. Le prélat fait aussi appel à des mercenaires : en 1198, le comte d’Auvergne Gui II (descendant de Guillaume VIII) est en conflit contre l’évêque de Clermont, qui n’est autre que son propre frère, Robert. La lettre que le comte adresse à Innocent III à cette occasion nous apprend que le prélat a engagé des Cottereaux et des Basques (« Coterellorum et Basclorum »)26. Aux moyens d’action militaire de l’évêque, s’ajoute la puissance économique que lui confère le droit de battre monnaie : pendant plus de deux siècles, les « clermontois » épiscopaux sont une des principales monnaies en circulation en Auvergne.

  • 27 Bruno Galland, Deux archevêchés entre la France et l’Empire. Les archevêques de Lyon et les archevê (...)
  • 28 Johan Picot et Josiane Teyssot, « Les villes d’Auvergne et le roi : Montferrand au xiiie siècle », (...)

12Les deux dynasties comtales ne parviennent pas non plus à empêcher le renforcement de seigneuries concurrentes : celles de Bourbon et de Beaujeu-Montpensier. La première, assise sur l’alliance d’anciens viguiers carolingiens et des moines clunisiens, concrétisée par la fondation de l’église de Souvigny (920), s’étend aux confins du Berry, de l’Auvergne, du Nivernais et de l’Autunois, quatre zones en déficit de pouvoir comtal fort. Au xiie siècle, les sires de Bourbon réalisent, sur trois générations, des mariages hypergamiques : celui d’Archambaud VII de Bourbon (1120-1171) avec une sœur du comte de Savoie ; de son fils, Archambaud, avec une fille du duc de Bourgogne ; de sa petite-fille, Mathilde, avec le seigneur de Salins, lui-même cousin de l’impératrice Béatrice. De leur côté, les sires de Beaujeu appartiennent à la noblesse d’Empire. Les multiples guerres qui les opposent aux comtes de Forez27 les amènent à regarder à l’ouest de leurs terres ancestrales. Vers 1170, Humbert IV (1189‐1193) épouse Agnès, sœur du vicomte de Thiers, qui lui apporte en dot la seigneurie de Montpensier. Guichard, le deuxième fils de Guichard IV (1193-1216), en hérite. En 1230-1231, la branche des Beaujeu-Montpensier ajoute à ses possessions la ville de Montferrand28. Enfin, les listes de souscripteurs des actes révèlent que les principaux lignages locaux (les Mercœur, les Latour, les Baffie ou les vicomtes de Thiers) ne fréquentent guère l’entourage des comtes d’Auvergne, ce qui semble confirmer le désintérêt de la vieille aristocratie pour les affaires comtales, auxquelles elle préfère sans doute l’administration de ses propres seigneuries.

Un pouvoir royal absent ?

  • 29 Marie Saudan, Espaces perçus, espaces vécus : géographie historique du Massif central du ixe au xii(...)
  • 30 Robert Favreau, Jean Michaud et Bernadette Mora, Corpus des inscriptions de la France médiévale, 18 (...)

13Plusieurs indices attestent que le roi n’est pas resté hors du jeu politique auvergnat avant Philippe Auguste. Tout au long des xe et xie siècles, les scribes auvergnats renvoient majoritairement aux années de règne des Capétiens pour dater les actes de la pratique, tandis que la dernière référence à l’Aquitaine et à son duc dans les formules de datation est de 101129. L’architecte de l’église de Saint-Germain l’Herm prend soin de dater la restauration de l’édifice de l’an 1107 « regnante Philippo Francorum rege »30. En outre, Clermont est le siège d’un évêché régalien, ce qui veut dire que, lors de la vacance du pouvoir épiscopal, le chapitre cathédral doit entrer en pourparlers avec le roi pour qu’il confirme l’élection.

  • 31 Robert II vers 1020 ; Philippe Ier en 1095 (Mozac) ; Louis VI, vers 1108-1109 (dans le nord de l’Au (...)
  • 32 Guy Devailly, Le Berry du xe au milieu du xiiie siècle : étude politique, religieuse, sociale et éc (...)
  • 33 Suger, Vie de Louis VI Le Gros, H. Waquet (éd. et trad.), Paris, Honoré Champion (Les Classiques de (...)
  • 34 Lettres d’Henri II (Léopold Delisle [éd.], Recueil des actes de Henri II, roi d’Angleterre et duc d (...)
  • 35 Sur la mise en œuvre de la paix du roi dans la région, à travers l’étude de trois affaires document (...)
  • 36 Mauriac (mentionné comme dépendance du « fisc royal » en 1110 dans la chronique de Clarius), Saint- (...)
  • 37 En 1163, l’abbé de Saint-Germain-Lembron affirmait qu’il n’avait de cesse de lutter pour la louange (...)

14L’autorité royale n’est pas seulement théorique. À la suite d’Hugues Capet, présent à Souvigny vers 994, tous les Capétiens, à l’exception d’Henri Ier, sont venus personnellement en Auvergne31, parfois à la tête de leur armée. Vers 1108-1109, Louis VI dirige une campagne contre Aimon II de Bourbon, afin de protéger l’abbaye de Saint-Pourçain32. Puis, par deux fois, il lève l’ost contre le comte d’Auvergne. Ces opérations se soldent par la prise de Pont-du-Château (1121), puis le siège de Montferrand (ca 1126)33. En 1164, Louis VII serait personnellement venu en Auvergne afin de capturer les comtes d’Auvergne34. Par leurs interventions, Louis VI et Louis VII35 se posent en protecteurs de l’Église : ils prennent des établissements ecclésiastiques sous leur garde36, consolidant ainsi l’attachement des élites religieuses locales à la couronne37.

  • 38 Ibid., t. 16, p. 43, 45, 65 et 146.

15Dans la seconde moitié du xiie siècle, les oppositions régionales s’insèrent dans la rivalité entre Capétiens et Plantagenêts. L’aristocratie locale, surtout ecclésiastique, n’hésite pas à jouer la carte du pouvoir royal : les plaintes adressées à Louis VII par les abbés de Brioude, d’Issoire et de Saint-Germain-Lembron, le chapitre de Clermont ou le sire de Bourbon en témoignent38.

  • 39 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 62 et Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 3 G 0 62, cote 1b (vidimus de 1432)
  • 40 « Communications between Paris and the deep south of France depended on safe passage of Auvergne », (...)
  • 41 RHGF, t. 16, p. 45.
  • 42 Ibid., p. 112.
  • 43 L. Delisle (éd. cit. n. 34), no 240.
  • 44 Robert de Torigny (art. cit. n. 22), p. 229.
  • 45 Nicholas Vincent (éd.), The Letters and Charters of Henry II, King of England (1154-1189), Oxford, (...)
  • 46 William Stubbs (éd.), Gesta Regis Henrici Secundi Benedicti abbatis: the Chronicle of the Reigns of (...)
  • 47 William Stubbs (éd.), The Historical Works of Master Ralph de Diceto, Dean of London, Londres, Long (...)
  • 48 L. Delisle (éd. cit. n. 34), nos 389 et 390.

16En tant qu’époux d’Aliénor, Louis VII capte un temps la suzeraineté sur les comtes d’Auvergne (1137-1152). Il est « Dei gratia rex Francorum et dux Aquitanorum » lorsqu’il confirme, en 1145, une transaction passée entre le comte Guillaume VII et l’évêque de Clermont39. Une fois son mariage avec Aliénor rompu (mars 1152), le roi de France doit renoncer à la suzeraineté directe sur l’Auvergne. Henri II la récupère en mai 1152 et intervient à plusieurs reprises dans une région dont l’importance est alors stratégique40. Il entre en conflit contre les chanoines de Clermont (1163)41, fait recueillir par des messagers (« nuncis ») les serments des comtes d’Auvergne (1164)42, se fait représenter sur place par des baillis43 et y conduit son armée (1167)44. En 1169, lui et son fils Richard sont personnellement présents lors d’un accord conclu entre le sire de Bourbon et Pierre de Blot45. Enfin, en 1173, le roi d’Angleterre tient sa cour à Montferrand46. Durant son séjour, il organise le mariage de son fils Jean avec la fille du comte de Savoie, accueille le roi d’Aragon, reçoit l’hommage du comte de Toulouse47 et émet deux actes en faveur de l’église d’Ennezat48.

  • 49 Ibid., t. 2, no 506 : « Excepto eo de Alvernia, unde contentio inter nos est… ».
  • 50 W. Stubbs (op. cit. n. 46), p. 196. L’évêché désigne ici un ensemble de droits et de prérogatives e (...)

17En septembre 1177, la question des droits respectifs du Capétien et du Plantagenêt en Auvergne est exclue du traité d’Ivry49. Les deux monarques préfèrent confier sa résolution à une commission d’arbitrage de six évêques et de six barons. Elle est débattue lors d’une assemblée réunie à Graçay en novembre 1177. Les comtes et barons d’Auvergne répondent que, selon l’ancien droit (« de antiquo jure »), toute l’Auvergne dépend du duc, à l’exception de l’évêché de Clermont qui relève du roi de France50.

L’affirmation du pouvoir royal (1189-1210)

L’annexion de l’Auvergne : le traité d’Azay-le-Rideau (1189)

18À l’avènement de Philippe Auguste, la marge de manœuvre du roi de France reste limitée en Auvergne, puisque le comté relève du duc d’Aquitaine. Louis VI et Louis VII ne bousculent que rarement le système d’ensemble, maintenant une certaine stabilité. Lorsque le Capétien bouleverse l’équilibre, le duc d’Aquitaine lui rappelle ses droits. Vers 1126, le siège de Montferrand par Louis VI est contrarié par l’arrivée de Guillaume X (1126-1137). En 1164, Louis VII doit se résoudre à libérer les comtes d’Auvergne, à la suite des réclamations d’Henri II Plantagenêt.

  • 51 Rigord, Histoire de Philippe Auguste, É. Carpentier, G. Pon et Y. Chauvin (éd.), Paris, CNRS Éditio (...)
  • 52 Annexer ? Les déplacements de frontières à la fin du Moyen Âge, S. Péquignot et P Savy (dir.), Renn (...)
  • 53 Rigord (éd. cit. n. 51), p. 270.
  • 54 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 2), no 376, p. 464-466.
  • 55 Henri-François Delaborde, Charles Petit-Dutaillis et Jacques Monicat (éd.), Recueil des actes de Ph (...)
  • 56 Guillaume de Newburgh, Historia Rerum Anglicarum. Liber quintus, R. Howlett (éd), Chronicles of the (...)

19En 1187, Philippe Auguste mène la guerre en Berry, prenant Issoudun et Graçay, puis l'année suivante Châteauroux, Culant, La Roche-Guillebaud et Montluçon, devenant ainsi le maître de tout le Bas-Berry51. À cette occasion, il s’empare des droits du Plantagenêt sur l’Auvergne (« quicquid juris rex Anglie in tota Bituria et Arvernia habebat, Philippus rex sibi subjugavit »). Par le traité d’Azay-le-Rideau (1189), Henri II, miné par la vieillesse et les querelles qui l’opposent à ses fils, entérine cette situation en reconnaissant à Philippe Auguste la suzeraineté sur l’Auvergne. Désormais, les interventions capétiennes trouvent une justification dans le droit féodal. Le roi de France peut agir directement sur les comtes d’Auvergne si ceux-ci manquent à leurs devoirs vassaliques. Les événements de 1189 entérinent une véritable « annexion »52, car ils provoquent le transfert de l’Auvergne d’une domination, aquitaine et plantagenèse, à une autre, capétienne. Le traité d’Azay-le-Rideau, confirmé à plusieurs reprises (en 118953, en 119154, puis en 119655), est suivi d’un quart de siècle de conflits entre les princes auvergnats, accompagnés d’intrigues complexes et périodiquement coupés de trêves. En 1195, le comte d’Auvergne Gui II est capturé par des mercenaires à la solde de Richard Cœur de Lion56, témoignage de la bascule de l’aristocratie dans le giron capétien, cinq ans après le traité d’Azay-le-Rideau.

Les relations entre Philippe Auguste et l’aristocratie locale

  • 57 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 249.
  • 58 Roger Sève, « Les franchises de Clermont à la fin du xiie siècle », dans Recueil de travaux offerts (...)
  • 59 Paul Meyer (éd.), La Chanson de la croisade contre les Albigeois, Paris, Librairie Renouard, 1875, (...)
  • 60 John Baldwin (éd.), Les registres de Philippe Auguste, Paris, Imprimerie nationale/De Boccard (Recu (...)

20Dauphin (1169-1235), fils et successeur du comte Guillaume VII, reconnaît la suzeraineté capétienne en 1199, non sans avoir un temps espéré l’aide du Plantagenêt57. En accordant une charte de franchises aux habitants de Clermont, en septembre 1199, Gui II s’engage à faire sceller le texte par le roi de France. Ce dernier est donc choisi comme garant, cette clause pouvant, il est vrai, renvoyer aussi bien à une volonté du comte d’en référer à son seigneur féodal qu’à une revendication des habitants de Clermont. En revanche, le dernier article de cette même charte ne laisse aucun doute sur l’attachement de Gui II au roi : le comte assure par serment les Clermontois de sa bonne foi et promet de les défendre contre tous, sauf Philippe Auguste58. En 1209, Gui II, en tant que vassal, accomplit son service d’ost en participant à la croisade contre les Albigeois59. Enfin, lui et Dauphin sont tous deux mentionnés dans des rubriques des registres de Philippe Auguste. La chancellerie royale semble alors avoir tranché dans la querelle au sujet du titre comtal d’Auvergne en faveur de Gui II. Tandis que Dauphin figure sous le nom de « Dalphinus de Alvernia », dans une liste de barons (« Barones regis Francorum »), Gui II est mentionné, dans une autre liste, avec le titre de «  comes Alvernie »60.

  • 61 Rémy Roques, « Robert, évêque de Clermont (1196-1227), enfant de la réforme grégorienne », Revue d’ (...)
  • 62 La participation de Robert relève bien du service d’ost puisqu’en 1217, il retourne chez lui sa qua (...)

21En 1195, un cadet de la famille des comtes d’Auvergne accède à l’épiscopat61. Robert, en tant qu’évêque de Clermont, aurait pu être un des meilleurs alliés de son frère, Gui II. Il s’avère au contraire un redoutable rival. Les rapports entre les deux frères oscillent entre l’alliance provisoire, la méfiance et le conflit armé. L’évêque n’hésite pas à jouer la carte royale. De son côté, Philippe Auguste considère le prélat comme un élément essentiel de la hiérarchie des vassaux et des fiefs en Auvergne. Il lui réclame le service d’ost, comme l’attestent une mention de 1204-1209, contenue dans les Registres de Philippe Auguste, ainsi que la présence de Robert dans les rangs de la croisade contre les Albigeois en 1209, puis en 121762. D’une manière générale, l’évêque entretient des relations étroites avec le roi. Dans plus d’un cas, le premier est amené à représenter le second et à défendre ses intérêts. En retour, il bénéficie de l’appui royal à de multiples reprises, ce qui lui permet de renforcer la seigneurie épiscopale.

  • 63 1198 (Melun), 1201 (Sens), 1204 (Rouen), 1206 (Anet), 1209 (Villeneuve-le-Roi), 1213 (Compiègne), 1 (...)
  • 64 Alexandre Teulet (éd.), Layettes du trésor des chartes, Paris, Plon (Archives de l’Empire), 1863, t (...)
  • 65 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 55), no 606, p. 154.
  • 66 Ibid., no 722, p. 291-292.
  • 67 Ibid., no 895, p. 483-485.
  • 68 J. Monicat et J. Boussard (éd. cit. n. 63), no 1230, p. 343-344. Le comte de Forcalquier revendique (...)

22Outre l’évêque de Clermont, le principal relais de Philippe Auguste en Auvergne est le sire de Bourbon. Après son divorce de Gaucher de Salins (1195), Mathilde, héritière de la baronnie, épouse le seigneur champenois Gui II de Dampierre. Celui-ci est l’un des plus fidèles barons du roi de France et apparaît à ses côtés à plusieurs reprises63. Philippe Auguste se l’attache par un hommage lige64 et favorise sa montée en puissance en Auvergne. Il lui cède ses droits sur Souvigny (1199-1200)65 et lui donne Montluçon en fief lige (1202)66. À deux reprises, le roi se pose même en garant du lignage des Dampierre : il confirme les conventions matrimoniales passées entre Gui de Dampierre et le comte de Forez (1206)67, puis règle un différend successoral avec le comte de Forcalquier (1212)68.

23Devenu suzerain des comtes d’Auvergne (1189), Philippe Auguste s’appuie sur l’évêque de Clermont et s’attache le crédit du sire de Bourbon qu’il gagne à sa cause en confortant son assise féodale, comme il le fait en Anjou avec Guillaume des Roches, ancien sénéchal de Jean sans Terre, et en Poitou avec les Thouars. Philippe Auguste ne limite pas sa politique aux seuls aristocrates, mais l’étend à tout ce qui faisait les forces vives du pays. C’est également sous son règne qu’une administration royale apparaît en Auvergne.

Les établissements ecclésiastiques, les villes, les châteaux et les officiers : relais de l’autorité royale

  • 69 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 117.
  • 70 En juin 1190, Philippe Auguste ordonne à ses officiers de protéger l’église d’Ennezat (Jean Favier (...)
  • 71 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 462.
  • 72 J. Favier et M. Mortier (éd. cit. n. 70), no 1845.

24Comme ses prédécesseurs, Philippe Auguste se pose en défenseur de l’Église. En 1184, de passage à Mozac, il conclut un traité de pariage avec l’abbesse de Cusset et reçoit la moitié de la justice sur les terres du couvent69. Il octroie sa protection aux églises d’Ennezat70, de Saint-Pourçain71 et de Billom72.

  • 73 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 241.
  • 74 Ibid., no 253 (1189) et Max Fazy, Catalogue des actes concernant l’histoire du Bourbonnais jusqu’au (...)
  • 75 J. Favier et M. Mortier (éd. cit. n. 70), traité de pariage no 4, p. 208. Sur la politique générale (...)

25En Auvergne, Philippe Auguste favorise la diffusion des chartes de franchises : les coutumes de Lorris sont accordées aux habitants de Nonette (1188)73, celles de Saint-Pierre-le-Moûtier à ceux d’Escurolles (1189) et de Varennes-sur-Allier (1203-1204)74. Entre 1190 et 1193, le roi conclut un traité de pariage avec le maître du Temple en Provence sur les villages de Palluet et de l’Alliat75. Tout donne à penser que le Capétien accélère la montée en puissance des petites villes qui deviennent, pour lui, des partenaires essentiels.

  • 76 Paul Duchon, Histoire de Cusset, Moulins, Les Amis du vieux Cusset, 1973, p. 50.
  • 77 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), p. 338.
  • 78 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 241.
  • 79 M. Fazy (op. cit. n. 74), no 480 : Robert de Courcelles, connétable d’Auvergne, prend Varennes sous (...)
  • 80 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 74 : Amaury, connétable d’Auvergne, est chargé d’une enquête sur la (...)

26Enfin, plusieurs indices attestent de l’introduction, par Philippe Auguste, d’une administration royale en Auvergne. Un baile royal est mentionné à Cusset dans la charte de coutumes que l’abbesse concède aux habitants en 120476. Des châtelains royaux sont présents à Saint-Pourçain et Ennezat77, un prévôt et des sergents à Nonette78. Enfin, un connétable d’Auvergne (« connestabulus Arverniae ») est mentionné en 1202-120479, puis en 120880. Si les documents ne permettent pas de connaître les missions de ces agents, ils témoignent de l’extension des prérogatives royales bien avant la « conquête ».

La « conquête de 1213 »

Ce qu’en disent les chroniques

  • 81 Andrew Lewis (éd. et trad.), The Chronicle and Historical Notes of Bernard Itier, Oxford, Clarendon (...)
  • 82 RHGF, t. 18, p. 743.
  • 83 Vergoign’ aura breumen nostr’ evesques chantaire, pour une édition et une étude récentes de ce text (...)

27Aux deux textes de Guillaume le Breton, présentés en introduction de cet article, s’ajoute la chronique de Bernard Itier († 1226). Elle précise que Philippe Auguste envoie des troupes en Auvergne en réponse à la destruction de l’abbaye de Mozac et au vol des reliques de saint Austremoine, premier évêque des Arvernes, par le comte Gui II81. Le pillage de cette abbaye est également rapporté dans une chronique anonyme de Cluny82. Des sirventès échangés dans les années 1216-1218 entre Robert, évêque de Clermont, et le comte Dauphin, évoquent l’intervention de Philippe Auguste. Dauphin fait aussi allusion à l’épisode de Mozac : il confirme que le sac de cette abbaye par le comte d’Auvergne est l’événement qui a déclenché l’expédition militaire83. Aucun de ces textes ne donne un récit complet et pleinement satisfaisant de l’intervention capétienne. Néanmoins, ils se complètent et permettent de proposer le scénario vraisemblable qui suit.

  • 84 Il est probable que l’un de ces monastères soit le couvent des religieuses de Marsat, dont une part (...)
  • 85 L’expression est tirée de : Jacques Le Goff, « Le roi dans l’Occident médiéval : caractères origina (...)

28Pour intervenir en Auvergne, Philippe Auguste invoque comme mobile les dommages et malversations commis par le comte Gui II aux dépens des abbayes. Le délit le plus grave est le pillage de Mozac, établissement sous protection royale et pontificale, mais dont le village voisin relève de la seigneurie du comte. Les autres monastères victimes des agissements de Gui II ne sont pas nommés, mais parmi eux figurent des communautés de moniales84. Le roi engage des négociations par lettres. Après leur échec, Philippe Auguste exploite les possibilités d’interventions qui lui sont offertes depuis le traité d’Azay-le-Rideau, en appliquant au comte coupable les règles du droit féodal. Il agit en tant que « roi contractuel »85, appelé par l’Église à remettre de l’ordre.

L’éclairage des actes de la pratique

  • 86 J. Baldwin (op. cit. n. 5), p. 261 ; Josiane Teyssot, Riom, 1212-1557, capitale et bonne ville d’A (...)
  • 87 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), p. 518-519.
  • 88 J. Monicat et J. Boussard (éd. cit. n. 68), no 1318.

29Aucun des auteurs précédents ne précise l’année qui voit la fin de la guerre entre Philippe Auguste et le comte Gui II. Les historiens86 placent son achèvement en 1213, date à laquelle Gui de Dampierre fait dresser l’état du matériel se trouvant dans les châteaux de Tournoël, de Riom et de Nonette, et l’envoie à la chancellerie royale pour classement dans les registres87. Les deux premières forteresses ont été enlevées au comte d’Auvergne lors de l’expédition, la troisième est possession royale depuis 1169. Un document de février 1214 prouve toutefois qu’à cette date le comte Gui II et ses alliés n’ont pas accepté leur défaite et résistent encore aux troupes royales : en donnant les forteresses de Lezoux, d’Antérioux et de Dallet à l’évêque de Clermont, Philippe Auguste ajoute que si les seigneurs de ces châteaux, dont le comte d’Auvergne, viennent à faire la paix avec lui, ils pourront récupérer leurs biens88. Cette clause suppose donc que des aristocrates locaux sont, encore en 1214, en guerre contre le Capétien.

  • 89 Henry Cole (éd.), Documents Illustrative of English History in the Thirteenth and Fourteenth Centur (...)
  • 90 Ibid., p. 245 et 262. Il faut noter que la trêve en Auvergne entre Jean sans Terre et Philippe Augu (...)
  • 91 Thomas Duffus Hardy, Rotuli litterarum clausarum in turri Londonensi asservati, t. 1, Londres, G. E (...)

30Pour tenter de renverser un rapport de force qui lui est défavorable, Gui II noue des contacts avec Jean sans Terre en 1212. Celui-ci prépare alors un débarquement sur le continent pour attaquer Philippe Auguste par le sud, tandis que ses alliés, Othon IV de Brunswick, le comte de Flandre et Renaud de Boulogne, doivent mener campagne dans le nord du royaume de France. Le roi d’Angleterre verse à plusieurs reprises des subsides à Gui II89 qui, de son côté, envoie certains de ses hommes à la cour d’Angleterre (1212-1213)90. Les documents relatifs aux rapports entre les deux hommes sont ensuite silencieux jusqu’en 121891. Entre-temps, La Roche-aux-Moines et Bouvines ont diminué les possibilités d’alliance du comte d’Auvergne.

  • 92 A. Teulet (op. cit. n. 64), no 1152.
  • 93 Commune de Chirat-l’Église, dans le département actuel de l’Allier.
  • 94 En 1199, Gui de Dampierre, sire de Bourbon, acquiert des droits d’Alix de Beaujeu sur Banassat au s (...)

31En 1215, Gui II envoie un de ses chevaliers faire hommage au roi de France, préférant se faire représenter en raison des inimitiés (« inimicitias »92) qui l’opposent à celui-ci. La manœuvre est habile. Banassat93, pour lequel le comte rend hommage, est situé sur les franges septentrionales et incertaines du comté d’Auvergne. Dans la première décennie du xiiie siècle, le Capétien, le comte d’Auvergne, les sires de Bourbon et ceux de Beaujeu prétendent exercer des droits sur ce territoire et prennent des initiatives pour les faire valoir94. En 1215, l’hommage de Gui II, pour une possession secondaire et géographiquement marginale, apparaît comme un moyen de faire reconnaître d’anciens droits et, par conséquent, de contester implicitement la confiscation d’une partie des terres comtales. Nous ignorons le sort que le roi réserve à cette initiative. Toutefois, il faut noter qu’après 1215, Gui II conserve le titre de « comte d’Auvergne ». Plus tard, durant son apanage (1241-1271), Alphonse, frère de Louis IX, peut s’intituler comes Pictavensis (1241), puis comes Tholose (1249), mais n’est jamais désigné comme comes Arvernie.

Les conséquences du conflit de 1210-1215

  • 95 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), nos 74 et 75, p. 518-519 (Riom et Tournël) et no 19, p. 64-65 (Châtel- (...)
  • 96 Henri-François Delaborde (éd.), Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, historiens de Philippe  (...)
  • 97 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), no 61, p. 419.
  • 98 Alexandre Teulet et Joseph De Laborde (éd.), Layettes du Trésor des Chartes, 2 : De l’année 1224 à (...)

32Au lendemain des opérations militaires (dont aucun document d’archives n’atteste la prolongation au-delà de 1215), le comte d’Auvergne est dépouillé d’une partie de son comté. Cent vingt châteaux sont pris par les troupes royales d’après Bernard Itier. Les archives en attestent sept qui sont Riom, Tournoël, Châtel-Guyon, Pont-du-Château, Lezoux, Dallet et Antérioux95. En récompense de ses services, le sire de Dampierre conserve les châteaux de Riom, Tournoël et Nonette. Il reçoit la garde de la « terre d’Auvergne » (c’est-à-dire des anciennes terres comtales confisquées), à charge pour lui de l’administrer et d’y représenter le roi96. Il n’a toutefois pas le temps de jouir de sa fonction puisqu’il meurt en janvier 1216. Quelques semaines plus tard, Philippe Auguste convoque à Paris l’héritier du sire de Dampierre, Archambaud de Bourbon, pour recevoir son serment de fidélité concernant la terre d’Auvergne97. Louis VIII fait de même après la mort de son père, en juillet 122398. Archambaud s’engage, lors de ses deux serments, à restituer la terre d’Auvergne au cas où il en serait requis. Le dispositif veille ainsi à sauvegarder les intérêts éminents de la royauté et éviter que le sire de Bourbon ne « seigneurialise » sa charge de gardien de la terre d’Auvergne. En 1241, Louis IX peut ainsi récupérer les biens confisqués au comte d’Auvergne pour constituer un apanage en faveur d’Alphonse de Poitiers.

  • 99 Charles Samaran et Michel Mortier, Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, 4 : Années (...)
  • 100 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 75 (1211).
  • 101 J.-P. Chambon (art. cit. n. 83), p. 50.

33L’évêque Robert de Clermont est l’autre grand bénéficiaire des interventions capétiennes. Dans les années 1212-1214, le roi lui confie la garde de châteaux et ordonne à plusieurs de ses vassaux de lui prêter hommage99. Toutefois, si Philippe Auguste envisage de se servir du prélat comme d’un appui durant les opérations militaires (les châteaux qu’il lui confie en 1212 doivent accueillir des troupes royales), il manifeste une certaine défiance à son égard, celle-ci se prolongeant par la suite. Au début de l’année 1218, Robert doit demander à la comtesse de Troyes une garantie financière de 1 000 marcs d’argent, au cas où il causerait du tort au roi100. Cet accord donne à penser qu’une accusation de trahison, portée par le comte Dauphin dans un sirventès à l’encontre de l’évêque, n’est pas totalement gratuite. D’après Dauphin, Robert a secrètement pris le parti de l’Angleterre, qu’il finance avec ses revenus101.

  • 102 « Après 1213, le Capétien ne semble plus s’occuper beaucoup de sa récente conquête », J. Teyssot (o (...)
  • 103 F. Madeline (op. cit. n. 51), p. 251.

34Les historiens avalisent le point de vue de Guillaume le Breton, en affirmant que Philippe Auguste délègue ses pouvoirs en Auvergne au sire de Dampierre102 et n’y intervient que de manière épisodique. Fanny Madeline remarque, à juste titre, que « la cession des droits des Plantagenêts sur l’Auvergne en 1189, le passage du comte de Toulouse à l’hérésie et la défaite de Jean Sans Terre en Poitou en 1206 [ont] rendu caduques les enjeux qui [ont] tant mobilisé Louis VII »103. Il faut pourtant souligner qu’après la guerre contre le comte d’Auvergne, le roi tient directement les forteresses de Pont-du-Château (dont la garde est reprise à l’évêque de Clermont en 1214), Châtel-Guyon et, sans doute, Saint-Pourçain et Ennezat qui figurent dans les registres royaux en tant que « Castella et fortelicie que Philippus rex Francorum tenet » en 1206-1210 et dont rien ne prouve qu’elles soient concédées au sire de Dampierre ou à un autre aristocrate local après l’expédition de 1210.

  • 104 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 81. Autres cas d’hommage de seigneurs auvergnats à Philippe Auguste  (...)
  • 105 Jacques Monicat et Bernard De Fournoux (éd.), Chartes du Bourbonnais, 918-1522, Moulins, Crépin-Leb (...)

35Philippe Auguste continue de susciter des ligesses en prêtant une oreille attentive aux revendications de certains lignages et en faisant miroiter des avantages acquis à son service. Le procédé employé pour consolider des fidélités et en créer de nouvelles consiste, dans le cadre de la redistribution des droits et des terres qui suit l’expédition militaire, à concéder des fiefs et à multiplier les hommages, provoquant ainsi des renversements d’alliances et de mouvances, de manière à renforcer l’assise royale. Ainsi, en décembre 1211, Guillaume de Cournon, qui, en 1201, avait reconnu tenir son château du comte d’Auvergne, fait hommage lige à Philippe Auguste pour ses principales terres104. La clause de réserve en faveur de la fidélité due au roi se répand dans les actes d’hommages, à la suite du rappel des obligations coutumières des deux partenaires105.

Conclusion

  • 106 Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard (Bibliothèque des histoires), 1996, p. 724-725 (expr (...)

36« En 1213, Philippe Auguste conquiert l’Auvergne. » Voici comment les historiens interprètent les récits que Guillaume le Breton fait de la guerre opposant l’ost royal au comte Gui II. La plongée dans les actes de la pratique permet de débarrasser la lecture de ces événements des « mythes occitanistes » et des « passions jacobines »106.

  • 107 Nicholas Vincent, « Rank Insubordination: Disobedience and Disinheritance amongst the Anglo-French (...)

37D’un côté, il y a l’idée que l’Auvergne aurait, par la faute de son comte, perdu son indépendance politique. Gui II serait un traîneur d’épée, empiétant continuellement sur les droits de l’Église et rebelle à la puissance royale. Pourtant, il reconnaît l’autorité de Philippe Auguste bien avant la « conquête » et participe même à l’ost royal. Guidés par les travaux de Dominique Barthélemy, il faut replacer les attaques que le comte mène contre l’Église de Clermont et les abbayes dans le cadre de la « guerre féodale » : il s’agit de conflits entre combattants d’un niveau social équivalent et sans opposition idéologique fondamentale (ces gens sont tous chrétiens et ne cherchent à remettre en cause ni les fondements théoriques de la société, ni sa structure organisationnelle). Les opérations se réduisent à la prise d’une forteresse ou la capture d’un représentant du parti adverse. Dans la seconde moitié du xiie siècle, tandis que le danger Plantagenêt se précise, les oppositions régionales, accentuées par la division du comté et conjuguées à la faiblesse des liens entre comtes et grands seigneurs, favorisent les interventions capétiennes. L’aristocratie locale, surtout ecclésiastique, n’hésite pas à jouer la carte du pouvoir royal. Face à Philippe Auguste, Gui II peine à mobiliser ses soutiens et à retenir dans sa mouvance les principales forces locales. En fait, bien avant 1210, le roi a neutralisé le comte d’Auvergne par un jeu subtil d’alliances et en prêtant une oreille favorable aux revendications de certains seigneurs, sires de Bourbon, de Mercœur, de La Tour et de Beaujeu-Montpensier notamment. Les interventions croissantes de Louis VII et de Philippe Auguste en faveur de ses lignages se déroulent dans une période de transformation des relations entre la royauté et l’aristocratie. Le Capétien cherche à faire émerger des « nouveaux comtes »107 loyaux à sa cause tout en brisant les anciens considérés comme des menaces pour son autorité.

38L’autre interprétation des événements fait de Philippe Auguste un conquérant qui aurait, en 1213, arrimé par la force l’Auvergne au domaine royal. Il en faut peu pour faire de cette œuvre de réassociation territoriale un plan d’ensemble mûrement réfléchi. Bien entendu, l’expédition menée par le sire de Dampierre ne saurait être réduite à une simple opération de pacification. La guerre opposant le comte d’Auvergne aux alliés du Capétien se prolonge même après 1213, au moins jusqu’en 1214. Mais l’idée d’une « conquête » doit être fortement nuancée. Tout d’abord, elle occulte le caractère graduel de l’avancée royale, en focalisant l’attention sur un événement ponctuel. Tout au long du xiie siècle, la guerre féodale offre aux rois de France la possibilité d’intervenir en Auvergne pour y consolider leur autorité. Leur grande force réside justement dans leur capacité à saisir les opportunités qu’offrent les tensions entre les pouvoirs locaux. De plus, Philippe Auguste ne s’est pas imposé que par la seule force de l’épée. Il renforce ses réseaux de fidélité par des hommages, concède des chartes de franchises et de traités de pariage, et développe une administration locale. Sous cet angle, l’intervention de 1210 apparaît plus comme le prolongement d’une politique de pénétration, déjà largement engagée, que comme le résultat d’une volonté expresse de mettre la main sur l’Auvergne. La grande nouveauté du règne de Philippe Auguste intervient en 1189 lorsque, par le traité d’Azay-le-Rideau, le roi de France obtient suzeraineté directe sur l’Auvergne. Enfin, en 1210-1215, les opérations militaires sont concentrées dans la région de la Limagne (en basse Auvergne), avec quelques incursions en Velay. L’affirmation royale en haute Auvergne (partie méridionale du diocèse de Clermont, correspondant à l’actuel département du Cantal) n’est effective qu’un demi-siècle plus tard, durant l’apanage d’Alphonse de Poitiers.

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Notes

1 Christian Amalvi, « L’image du règne de Philippe Auguste dans la littérature du xixe siècle », dans La France de Philippe Auguste : le temps des mutations, actes du colloque international organisé par le CNRS (Paris, 29 septembre-4 octobre 1980), R.-H. Bautier (dir.), Paris, Éditions du CNRS (Colloques internationaux du CNRS, 602), 1982, p. 171-213.

2 Henri-François Delaborde introduit le premier tome des Recueils des actes de Philippe Auguste par ces lignes : « Ce volume, contenant les premiers actes du roi qui fut l’un des plus grands artisans de notre unité, s’achève à l’heure où la France entière donne, et depuis bientôt dix-huit mois ! le plus pur de son sang pour défendre son indépendance. Quel est le Français qui ne me pardonnera si, échappant à la sérénité des travaux d’érudition, je ne parviens pas à contenir l’expression du sentiment qui remplit tous nos cœurs : la foi dans le triomphe de la cause sacrée qui a vaincu à Bouvines, la volonté de l’acheter, s’il le faut, par de nouveaux sacrifices », Henri-François Delaborde (éd.), Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, 1 : Années du règne I à XV, Paris, Imprimerie nationale (Chartes et diplômes relatifs à l’histoire de France), 1916, p. IV.

3 Par exemple, Françoise Autrand, Dominique Barthélemy et Philippe Contamine, « L’espace français : histoire politique du début du xie siècle à la fin du xve », dans L’Histoire médiévale en France : bilan et perspectives, M. Balard (dir.), Paris, Seuil, 1991, p. 101-125, ici p. 114 : « Ce roi transforma la monarchie en un gouvernement stable, à Paris, avec ses organes réguliers, permanents, son personnel de chambellans, de chevaliers et de clercs, bref toute une bureaucratie qui administre et gouverne par l’écrit ».

4 Olivier Descamps, « L’essor des droits savants à l’époque de Philippe Auguste », dans Autour de Philippe Auguste, M. Aurell et Y. Sassier (dir.), Paris, Classiques Garnier (Rencontres, 285), 2017, p. 145-168.

5 John Baldwin, « La décennie décisive : les années 1190-1203 dans le règne de Philippe Auguste », Revue historique, 266, 1981, p. 311-337 et Id., Philippe Auguste et son gouvernement : les fondations du pouvoir royal en France au Moyen Âge, J. Le Goff (préf.) et B. Bonne (trad.), Paris, Fayard, 1991, p. 111-249.

6 Grand Atlas historique : l’histoire du monde en 520 cartes, G. Duby (dir.), Paris, Larousse, 2001 (1re éd. : 1978), p. 130 et Jean-Christophe Cassard, L’Âge d’or capétien, 1180-1328, Paris, Belin (Histoire de France), 2011, p. 22. La carte proposée par Dominique Barthélemy dans : La bataille de Bouvines. Histoire et légendes, Paris, Perrin, 2018, p. 14, et qui repose sur le concept de « domaine et zone d’influence [royaux] », est scientifiquement plus juste.

7 Par commodité, « Auvergne » désigne, dans les lignes qui suivent, le territoire correspondant à l’ancien diocèse de Clermont (avant la création du diocèse de Saint-Flour, en 1317), couvrant au nord les régions de Gannat et de Saint-Pourçain, et allant jusqu’au sud de l’actuel département du Cantal. Mais il ne s’agit pas d’une principauté territoriale, les contours du diocèse de Clermont ne correspondant pas à l’aire d’influence de la famille comtale.

8 Pierre Audigier, Histoire d’Auvergne, 1 : Projet de l’histoire d’Auvergne, Clermont-Ferrand, Louis Bellet (Mémoires de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand), 1899, p. 289.

9 Jean-Baptiste Bouillet, Nobiliaire d’Auvergne, 1 : A-B, Clermont-Ferrand, s. n., 1846, p. XII.

10 Edgar Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Poitiers : étude sur la réunion des provinces du Midi et de l’Ouest à la couronne et sur les origines de la centralisation administrative d’après des documents inédits, Brionne, Le Portulan, 1870.

11 René Rigodon, Histoire de l’Auvergne, Paris, Presses universitaires de France (Que sais-je ?, 144), 1944, p. 63. Voir aussi : Pierre-François Fournier, « La conquête de l’Auvergne pour Philippe Auguste, 1211-1212. Récit de Guillaume le Breton, traduit et annoté », L’Auvergne littéraire, artistique et historique, 89, 1937, p. 79-87.

12 Jean-Marie Le Gall, Défense et illustration de la Renaissance, Paris, Presses universitaires de France, 2018, p. 15.

13 Cette thématique de recherche a profondément été renouvelée par plusieurs thèses (par date croissante de soutenance : Christian Rémy, Les rois de France en Limousin et Périgord de Philippe Auguste aux derniers Capétiens. Agents, manifestations et rythmes de l’implantation du pouvoir royal dans le nord-est de l’Aquitaine de 1200 à 1328, thèse de doctorat en histoire sous la direction de B. Barrière, université de Limoges, 2000 ; Maïté Billoré, Pouvoir et noblesse en Normandie [fin xiie-début xiiie siècle] : de l’autocratie Plantagenêt à la domination capétienne, thèse de doctorat en histoire médiévale sous la direction de M. Aurell, université de Poitiers, 2005, publication : Maïté Billoré, De gré ou de force. L’aristocratie normande et ses ducs [1150-1259], Rennes, Presses universitaires de Rennes [Histoire], 2014 ; Gaël ChenardL’Administration d’Alphonse de Poitiers [1241-1271], thèse de doctorat en histoire médiévale sous la direction de M. Aurell, université de Poitiers, 2014, publication : Gaël ChenardL’Administration d’Alphonse de Poitiers [1241-1271], Paris, Classiques Garnier [Bibliothèque d’histoire médiévale, 18], 2017 ; Vincent Launay, Le roi en son duché : étude sur les relations entre le roi de France et l’aristocratie de Bretagne [1199-1328], thèse de doctorat sous la direction de F. Mazel, université de Rennes 2, 2017) ; et synthèses (Olivier Guyotjeannin, « L’intégration des grandes acquisitions territoriales de la royauté capétienne [xiiie-début xive siècle] », dans Fragen der politischen Integration im mittelalterlichen Europa, W. Maleczek [dir.], Ostfildern, Thorbecke [Vorträge und Forschungen, 63], 2005, p. 211-239 ; Gaël Chenard et Jean-François Moufflet, « Cant vengro li Frances. L’implantation capétienne dans le Midi au xiiie siècle », dans La royauté capétienne et le Midi au temps de Guillaume de Nogaret, B. Moreau et J. Théry-Astruc [éd.], Nîmes, Éditions de la Fenestrelle, 2015, p. 25-47).

14 Cet article est le résultat de lectures amicales et critiques. Il s’appuie sur : Noblesse auvergnate et pouvoir royal. De la “conquête” de Philippe Auguste à la fin de l’apanage d’Alphonse de Poitiers (xiie-xiiie siècles), mémoire de master sous la direction de J.-L. Fray, université Blaise Pascal-Clermont 2, 2010 ; complété par une recherche entreprise avec Jean-Pierre Chambon et Gabriel Fournier. Les résultats de cette enquête collective se trouvent dans deux articles : Gabriel Fournier, « Philippe Auguste et l’Auvergne », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 790-791, 2011, p. 67-117 et Jean-Pierre Chambon, « Nouveaux regards sur deux sirventès auvergnats composés dans la conjecture de la “conquête” capétienne de l’Auvergne », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 796-797, 2013, p. 29-107. Je tiens à exprimer ma gratitude à ces trois personnes qui ont contribué, de façon décisive, à l’élaboration de ma réflexion. Je tiens également à remercier : Sébastien Fray, Antoine Meissonnier et Johan Picot, qui m’ont fait l’amitié de lire l’article en cours d’écriture ; Nicholas Vincent pour ses précieuses suggestions et indications de documents ; Thomas Areal pour la réalisation de la carte (fig. 1 du présent article).

15 Lorsque, dans son Philippe Auguste, John Baldwin fait référence à l’Auvergne, il accompagne ses remarques d’un commentaire relatif à l’enclavement : « Isolés dans leurs montagnes et leurs vallées des environs de Clermont, les lointains comtes d’Auvergne, par exemple, affirment leur indépendance contre les Capétiens et contre les ducs d’Aquitaine » ; « Les terres inaccessibles et montagneuses de l’Auvergne attirent l’attention de Philippe » ; « Dans cette région inaccessible… », J. Baldwin (op. cit. n. 5), p. 34, 260 et 385. Le critère géographique est également avancé par Bruno Galland pour expliquer la remise en garde de l’Auvergne au sire de Dampierre : « L’Auvergne était peu accessible ; plutôt que d’y installer ses propres officiers, le roi préféra s’attacher la reconnaissance de Guy de Dampierre en lui donnant une partie des domaines et en lui déléguant la garde des autres », Bruno Galland, Philippe Auguste : le bâtisseur du royaume, Paris, Belin (Alpha), 2016, p. 166.

16 Jean-Luc Fray, « Auvergne, Velay et royaume d’Arles : éléments pour une révision de la géographie relationnelle auvergnate au Moyen Âge », Siècles, 15, 2002, p. 75-87.

17 Emmanuel Grélois et Marie Saudan (éd.), Chartes et documents de l’église de Clermont antérieurs au xiie siècle, Paris, CNRS Éditions (Documents, études et répertoires, IRHT, 85), 2015, no 9, p. 128. Sur la monnaie de Clermont, cf. Emmanuel Grélois, « Documents sur la monnaie de Clermont et la circulation monétaire en Auvergne (xie-xive siècles) », Revue numismatique, 158, 2002, p. 279-344.

18 Étienne Baluze, Histoire généalogique de la Maison d’Auvergne, Paris, Imprimerie Antoine Dezallier, 1708, t. 2, p. 65.

19 Ibid., p. 63.

20 Michel Estienne, Le pouvoir partagé. La basse Auvergne au Moyen Âge classique, 1150 à 1350, thèse pour le diplôme d’archiviste-paléographe, Paris, École nationale des chartes, 1986.

21 Arch. nat., J 1132 no 4 (1204). Sur la production documentaire des comtes d’Auvergne, voir Christelle Balouzat-Loubet, « Les chartes des comtes et dauphins d’Auvergne (fin xiie-fin xiiie siècle) », dans Les archives princières, xiie-xve siècles, X. Hélary, J.-F. Nieus, A. Provost et M. Suttor (éd.), Arras, Artois Presses Université, 2016, p. 239-261.

22 Robert de Torigny, « Chronica », dans Chronicles of the Reigns of Stephen, Henry II and Richard I, R. Howlett (éd.), Londres, Longman (Scriptores rerum brittanicarum medii avi), 1889, t. 4, p. 229-230.

23 Anne-Hélène Brunterc’h, « Étienne II, évêque de Clermont et le principat aquitain », dans Foi chrétienne et églises dans la société politique de l’Occident du haut Moyen Âge (ive-xiie siècle), J. Hoareau-Dodinau et P. Texier (éd.), Limoges, Pulim (Cahiers de l’Institut d’anthropologie juridique, 11), 2004, p. 13-24.

24 Jean Gaudemet, Le gouvernement de l’Église à l’époque classique, deuxième partie : Le gouvernement local, Paris, Cujas (Histoire du droit des institutions de l’Église en Occident, 8-2), 1979, p. 13. Voir aussi Roger Sève, « La seigneurie épiscopale de Clermont des origines à 1357 », Revue d’Auvergne, 104, 1980, p. 85-268.

25 Robert-Henri Bautier et Monique Gilles (éd.), Chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens dite de Clarius, Paris, Éditions du CNRS, 1979, p. 144.

26 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 77.

27 Bruno Galland, Deux archevêchés entre la France et l’Empire. Les archevêques de Lyon et les archevêques de Vienne, du milieu du xiie au milieu du xive siècle, R.-H. Bautier (préf.), Paris, De Boccard, 1994, p. 75 et 209.

28 Johan Picot et Josiane Teyssot, « Les villes d’Auvergne et le roi : Montferrand au xiiie siècle », dans Dans le secret des archives : justice, ville et culture au Moyen Âge. Sources et commentaires, M. Billoré et J. Picot (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 221-250.

29 Marie Saudan, Espaces perçus, espaces vécus : géographie historique du Massif central du ixe au xiie siècle, thèse de doctorat en histoire sous la direction de M. Parisse, université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2004, t. 2, p. 487, 490 et 506.

30 Robert Favreau, Jean Michaud et Bernadette Mora, Corpus des inscriptions de la France médiévale, 18 : Allier, Cantal, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Paris, CNRS Éditions, 1995, p. 234.

31 Robert II vers 1020 ; Philippe Ier en 1095 (Mozac) ; Louis VI, vers 1108-1109 (dans le nord de l’Auvergne), en 1121 (à Pont-du-Château), puis en 1126-1127 (à Montferrand) ; et Louis VII, en 1138 (Brioude), 1159 (Clermont), 1162 (Souvigny), 1164 (expédition qui déboucha sur la capture des comtes d’Auvergne) et 1169 (expédition dirigée contre les vicomtes de Polignac qui aboutit à la prise de Nonette).

32 Guy Devailly, Le Berry du xe au milieu du xiiie siècle : étude politique, religieuse, sociale et économique, Paris/La Haye, Mouton (Civilisations et sociétés, 19), 1973, p. 400.

33 Suger, Vie de Louis VI Le Gros, H. Waquet (éd. et trad.), Paris, Honoré Champion (Les Classiques de l’histoire de France au Moyen Âge, 11), 1929, p. 232-241.

34 Lettres d’Henri II (Léopold Delisle [éd.], Recueil des actes de Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, Paris, Imprimerie nationale [Chartes et diplômes relatifs à l’histoire de France], 1909, t. 1, no 240) et d’Hugues de Champfleury, évêque de Soissons, à Louis VII (Recueil des historiens des Gaules et de la France [désormais abrégé : RHGF], Paris, H. Welter, 1814, t. 16, p. 111).

35 Sur la mise en œuvre de la paix du roi dans la région, à travers l’étude de trois affaires documentées par la correspondance entre Louis VII et les autorités locales, voir Yves Sassier, « La paix du roi et ses acteurs au temps de Louis VII : l’exemple de l’Auvergne et du Velay », dans Louis VII and his World, M. Bardot et L. W. Mavrin (éd.), Leyde/Boston, Brill (Later Medieval Europe, 18), 2018, p. 86-101.

36 Mauriac (mentionné comme dépendance du « fisc royal » en 1110 dans la chronique de Clarius), Saint-Flour (1119), Brioude (1138), Saint-Pourçain (1162), Saint-Pierre-le-Moûtier (1165), Aurillac (1169), Issoire (1169), Mozac (1170) et Cusset (1171).

37 En 1163, l’abbé de Saint-Germain-Lembron affirmait qu’il n’avait de cesse de lutter pour la louange, l’honneur et l’augmentation de la couronne : « ad laudem et honorem et augmentum coronae vestrae », RHGF, t. 16, p. 65. Voir aussi RHGF, t. 18, p. 146 et 147.

38 Ibid., t. 16, p. 43, 45, 65 et 146.

39 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 62 et Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 3 G 0 62, cote 1b (vidimus de 1432).

40 « Communications between Paris and the deep south of France depended on safe passage of Auvergne », Wilfred Lewis Warren, Henry II, Berkeley, University of California Press, 1973, p. 144.

41 RHGF, t. 16, p. 45.

42 Ibid., p. 112.

43 L. Delisle (éd. cit. n. 34), no 240.

44 Robert de Torigny (art. cit. n. 22), p. 229.

45 Nicholas Vincent (éd.), The Letters and Charters of Henry II, King of England (1154-1189), Oxford, Oxford University Press, à paraître, no 285, d’après Arch. nat., P 1373/1.

46 William Stubbs (éd.), Gesta Regis Henrici Secundi Benedicti abbatis: the Chronicle of the Reigns of Henry II and Richard I, AD 1169-1192, Londres, Longman (Rerum britannicarum medii aevi scriptores, 49), 1867, t. 1, p. 35.

47 William Stubbs (éd.), The Historical Works of Master Ralph de Diceto, Dean of London, Londres, Longman (Rerum Britannicarum medii aevi scriptores, 68), 1876, t. 1, p. 353.

48 L. Delisle (éd. cit. n. 34), nos 389 et 390.

49 Ibid., t. 2, no 506 : « Excepto eo de Alvernia, unde contentio inter nos est… ».

50 W. Stubbs (op. cit. n. 46), p. 196. L’évêché désigne ici un ensemble de droits et de prérogatives et non un territoire. Sur les relations entre Henri II et Louis VII : Jean Dunbabin, « Henry II and Louis VII », dans Henry II: New Interpretations, C. Harper-Bill et N. Vincent (éd.), Woodbridge, The Boydell Press, 2007, p. 47-62.

51 Rigord, Histoire de Philippe Auguste, É. Carpentier, G. Pon et Y. Chauvin (éd.), Paris, CNRS Éditions (Sources d’histoire médiévale, 33), 2006, p. 260. Voir Fanny Madeline, Les Plantagenêts et leur empire : construire un territoire politique, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Histoire), 2014, p. 251-255.

52 Annexer ? Les déplacements de frontières à la fin du Moyen Âge, S. Péquignot et P Savy (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016.

53 Rigord (éd. cit. n. 51), p. 270.

54 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 2), no 376, p. 464-466.

55 Henri-François Delaborde, Charles Petit-Dutaillis et Jacques Monicat (éd.), Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, 2 : Années du règne XVI à XXVII, Paris, Imprimerie nationale (Chartes et diplômes relatifs à l’histoire de France), 1943, no 517, p. 52-57.

56 Guillaume de Newburgh, Historia Rerum Anglicarum. Liber quintus, R. Howlett (éd), Chronicles of the Reigns of Stephen, Henry II and Richard I, Londres, Longman (Rerum britannicarum medii aevi scriptores, 82), 1885, t. 2, p. 456-457. John Gillingham précise que Guillaume de Newburgh est « le seul [chroniqueur] à relater cette campagne », John Gillingham, Richard Cœur de Lion, Paris, Noêsis, 1996 (1re éd. : 1978), p. 341.

57 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 249.

58 Roger Sève, « Les franchises de Clermont à la fin du xiie siècle », dans Recueil de travaux offerts à M. Clovis Brunel…, Paris, Société de l’École des chartes (Mémoires et documents de l’École des chartes, 12), 1955, p. 521-537, ici p. 536-537.

59 Paul Meyer (éd.), La Chanson de la croisade contre les Albigeois, Paris, Librairie Renouard, 1875, p. 15.

60 John Baldwin (éd.), Les registres de Philippe Auguste, Paris, Imprimerie nationale/De Boccard (Recueil des historiens de la France, documents financiers, 7), 1992, p. 327-328.

61 Rémy Roques, « Robert, évêque de Clermont (1196-1227), enfant de la réforme grégorienne », Revue d’Auvergne, « Évêques et abbés à l’époque romane : textes, monuments, images et objets », actes du 23e colloque international d’art roman (Issoire, 18-20 octobre 2013), S. Fray et D. Morel (éd.), 614, 2015, p. 23-40. Le lecteur y trouvera toutes les références documentaires et bibliographiques qui ont été nécessaires à l’écriture de ce paragraphe.

62 La participation de Robert relève bien du service d’ost puisqu’en 1217, il retourne chez lui sa quarantaine achevée.

63 1198 (Melun), 1201 (Sens), 1204 (Rouen), 1206 (Anet), 1209 (Villeneuve-le-Roi), 1213 (Compiègne), 1214 (Chinon), 1215 (Melun). Recensement réalisé d’après : Xavier Cataneo, Recueil des actes des seigneurs de Moeslains-Dampierre (milieu xie siècle-1223), mémoire de maîtrise sous la direction de M. BUR, université Nancy II, 1987, nos 88, 96, 103, 107, 123, 128 et Recueil des actes de Philippe Auguste… (éd. cit. n. 55), no 678 et Jacques Monicat et Jacques Boussard (éd.), Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, 3 : Années du règne XXVIII à XXXVI, Paris, Imprimerie nationale/Librairie C. Klincksieck (Chartes de diplômes relatifs à l’histoire de France), 1966, nos 1083 et 1314. Il complète celui de J. Baldwin (op. cit. n. 5), p. 658 (qui comporte une erreur : en 1223, Gui II de Dampierre ne peut avoir assisté au jugement sur le comté de Beaumont-sur-Oise, puisqu’il est mort en 1216 ; il s’agit de son fils, Guillaume de Dampierre, celui-ci est témoin du jugement avec son frère et héritier de la baronnie de Bourbon, Archambaud VIII).

64 Alexandre Teulet (éd.), Layettes du trésor des chartes, Paris, Plon (Archives de l’Empire), 1863, t. 1, no 692.

65 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 55), no 606, p. 154.

66 Ibid., no 722, p. 291-292.

67 Ibid., no 895, p. 483-485.

68 J. Monicat et J. Boussard (éd. cit. n. 63), no 1230, p. 343-344. Le comte de Forcalquier revendique des droits sur la seigneurie de Bourbon, de par son mariage avec Marguerite, fille de Mathilde de Bourbon et de Gaucher de Salins. Il sollicite la justice royale en se rendant à la cour de Philippe Auguste. On lui répond, d’après les « usus et consuetudines Franciae », qu’aucune baronnie n’a été partagée à cause d’une héritière quand il y avait un héritier. Alors, Marguerite renonce à ses droits sur la seigneurie de Bourbon contre 1 200 marcs d’argent. Il faut noter que la coutume régionale d’Île-de-France sert de référence pour régler un désaccord relatif à la seigneurie de Bourbon.

69 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 117.

70 En juin 1190, Philippe Auguste ordonne à ses officiers de protéger l’église d’Ennezat (Jean Favier et Michel Mortier [éd.], Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, 5 : Supplément d’actes, actes perdus, additions et correction aux précédents volumes, Paris, De Boccard [Chartes et diplômes relatifs à l’histoire de France], 2004, no 1836).

71 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 462.

72 J. Favier et M. Mortier (éd. cit. n. 70), no 1845.

73 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 241.

74 Ibid., no 253 (1189) et Max Fazy, Catalogue des actes concernant l’histoire du Bourbonnais jusqu’au milieu du xiiie siècle, Moulins, Imprimerie du Progrès de l’Allier, 1924, no 480 (1203-1204).

75 J. Favier et M. Mortier (éd. cit. n. 70), traité de pariage no 4, p. 208. Sur la politique générale de Philippe Auguste à l’égard des villes et des églises, voir J. Baldwin (op. cit. n. 5), p. 90-107.

76 Paul Duchon, Histoire de Cusset, Moulins, Les Amis du vieux Cusset, 1973, p. 50.

77 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), p. 338.

78 É. Berger et H.-F. Delaborde (éd. cit. n. 54), no 241.

79 M. Fazy (op. cit. n. 74), no 480 : Robert de Courcelles, connétable d’Auvergne, prend Varennes sous la protection du roi de France.

80 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 74 : Amaury, connétable d’Auvergne, est chargé d’une enquête sur la situation juridique du seigneur de Cournon.

81 Andrew Lewis (éd. et trad.), The Chronicle and Historical Notes of Bernard Itier, Oxford, Clarendon Press (Oxford Medieval Texts), 2012, p. 82.

82 RHGF, t. 18, p. 743.

83 Vergoign’ aura breumen nostr’ evesques chantaire, pour une édition et une étude récentes de ce texte, voir : Jean-Pierre Chambon, Gabriel Fournier et Rémy Roques, « Nouveaux regards sur deux sirventès auvergnats composés dans la conjecture de la “conquête” capétienne de l’Auvergne », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 796-797, 2013, p. 29-107. Les sirventès sont des poèmes liés à l’actualité et présentent un caractère satirique, politique ou moral. Ils ont pour thème des faits et gestes des aristocrates, qu’ils dénoncent sur un ton polémique et souvent agressif. Voir Martin Aurell, La vielle et l’épée : troubadours et politique en Provence au xiiie siècle, Paris, Aubier (Collection historique), 1989, p. 13.

84 Il est probable que l’un de ces monastères soit le couvent des religieuses de Marsat, dont une partie, relevant du comte d’Auvergne, est confisquée par le roi, avant d’être finalement, au cours du xiiie siècle, concédée en fief à un lignage vassal, les Roure (Gabriel Fournier, Châteaux, villages et villes d’Auvergne au xve siècle d’après l’Armorial de Revel, Paris/Genève, Arts et métiers graphiques/Droz [Bibliothèque de la Société française d’archéologie, 4], 1973, p. 96-98).

85 L’expression est tirée de : Jacques Le Goff, « Le roi dans l’Occident médiéval : caractères originaux », dans Héros du Moyen Âge, le Saint et le roi, Paris, Gallimard, 2004, p. 1075-1119, ici p. 1084.

86 J. Baldwin (op. cit. n. 5), p. 261 ; Josiane Teyssot, Riom, 1212-1557, capitale et bonne ville d’Auvergne, Nonette, Créer, 1999, p. 46 et 56 ; Pierre Charbonnier, Histoire de l’Auvergne des origines à nos jours, Haute et Basse-Auvergne, Bourbonnais et Velay, Clermont-Ferrand, De Borée, 1999, p. 214.

87 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), p. 518-519.

88 J. Monicat et J. Boussard (éd. cit. n. 68), no 1318.

89 Henry Cole (éd.), Documents Illustrative of English History in the Thirteenth and Fourteenth Centuries Selected from the Records of the Department of the Queen’s Remembrancer of the Exchequer, Londres, George Eyre et Andrew Spottiswoode, 1844, p. 245.

90 Ibid., p. 245 et 262. Il faut noter que la trêve en Auvergne entre Jean sans Terre et Philippe Auguste est mentionnée dans le traité conclu entre les deux rois en septembre 1214, pour une durée de cinq ans (A. Teulet [éd. cit. n. 64], no 1083).

91 Thomas Duffus Hardy, Rotuli litterarum clausarum in turri Londonensi asservati, t. 1, Londres, G. E. Eyre et Andrew Spottiswoode, 1833, p. 356, 361, 414, 471, 478 et 592. À partir de 1218 et jusqu’en 1224, le Plantagenêt fait de nouveaux dons en argent à plusieurs envoyés de Gui II et de son fils, Guillaume X (1222-1247). Ce dernier entame des négociations avec Henri III. La chronique de Tours mentionne une trêve que Louis VIII, alors en route pour le Sud, conclut avec le comte d’Auvergne (RHGF, t. 18, p. 314 et Charles Petit-Dutaillis, Étude sur la vie et le règne de Louis VIII [1187-1226], Paris, Émile Bouillon [Bibliothèque de l’École des hautes études, sciences historiques et philologiques, 101], 1894, p. 393).

92 A. Teulet (op. cit. n. 64), no 1152.

93 Commune de Chirat-l’Église, dans le département actuel de l’Allier.

94 En 1199, Gui de Dampierre, sire de Bourbon, acquiert des droits d’Alix de Beaujeu sur Banassat au sire de Dampierre (M. Fazy [op. cit. n. 74], n° 464) ; en 1205, Philippe Auguste donne ce qu’il possède à Banassat (ibid., no 486) ; en 1209, le comte d’Auvergne lègue ce qu’il détient à Banassat à son troisième fils (É. Baluze [op. cit. n. 18], p. 82-83).

95 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), nos 74 et 75, p. 518-519 (Riom et Tournël) et no 19, p. 64-65 (Châtel-Guyon) ; J. Monicat et J. Boussard (éd. cit. n. 68), no 1318 (Lezoux et Antérioux).

96 Henri-François Delaborde (éd.), Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, historiens de Philippe Auguste, Paris, Renouard (Société de l’Histoire de France), 1885, t. 1, p. 235 et t. 2, p. 227-228.

97 J. Baldwin (éd. cit. n. 60), no 61, p. 419.

98 Alexandre Teulet et Joseph De Laborde (éd.), Layettes du Trésor des Chartes, 2 : De l’année 1224 à 1246, Paris, Plon (Archives de l’Empire), 1866, no 1591.

99 Charles Samaran et Michel Mortier, Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, 4 : Années du règne XXXVII à XLIV, Paris, Imprimerie nationale (Chartes et diplôme relatifs à l’histoire de France), 1979, no 1667.

100 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 75 (1211).

101 J.-P. Chambon (art. cit. n. 83), p. 50.

102 « Après 1213, le Capétien ne semble plus s’occuper beaucoup de sa récente conquête », J. Teyssot (op. cit. n. 86), p. 46 et B. Galland (op. cit. n. 15), p. 166.

103 F. Madeline (op. cit. n. 51), p. 251.

104 É. Baluze (op. cit. n. 18), p. 81. Autres cas d’hommage de seigneurs auvergnats à Philippe Auguste : J. Favier et M. Mortier (éd. cit. n. 68), no 1251 (1212) et C. Samaran et M. Mortier (éd. cit. n. 99), nos 1615 (1219), 1690 et 1701 (1221).

105 Jacques Monicat et Bernard De Fournoux (éd.), Chartes du Bourbonnais, 918-1522, Moulins, Crépin-Leblond, 1952, nos 46 (1216) et 50 (1217) ; Arch. dép. du Puy-de-Dôme 1 G 6 c. 171 (1219) ; Augustin Chassaing (éd.), Spicilegium Brivatense, recueil de documents historiques relatifs au Brivadois et à l’Auvergne, Paris, Imprimerie nationale/Picard, 1886, p. 26-27 (1220) ; Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1 G 26 c. 11 et 1 G 7 c. 56 (1222).

106 Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard (Bibliothèque des histoires), 1996, p. 724-725 (expressions appliquées à l’étude du Midi au xiiie siècle).

107 Nicholas Vincent, « Rank Insubordination: Disobedience and Disinheritance amongst the Anglo-French Nobility, 1050-1250 », dans Rank and Order: The Formation of Aristocratic Elites in Western and Central Europe, 500-1500, J. Peltzer (dir.), Ostfilderm, Jan Thorbecke (Rank, 4), 2015, p. 131-170.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – L'Auvergne, à la fin du règne de Philippe Auguste (1223).
Crédits © Rémy Roques et Thomas Areal, avril 2019.
URL http://journals.openedition.org/ccm/docannexe/image/4516/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 291k
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Pour citer cet article

Référence papier

Rémy Roques, « La « conquête de l’Auvergne » par Philippe Auguste »Cahiers de civilisation médiévale, 247 | 2019, 245-258.

Référence électronique

Rémy Roques, « La « conquête de l’Auvergne » par Philippe Auguste »Cahiers de civilisation médiévale [En ligne], 247 | 2019, mis en ligne le 03 janvier 2022, consulté le 28 novembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/ccm/4516 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccm.4516

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Auteur

Rémy Roques

Centre d’histoire « Espaces & Cultures »
Université Clermont Auvergne

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0

https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/

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