La démolition de l'Hôtel-Dieu d'Orléans. | Cairn.info
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1Les exemples ne manquent pas pour illustrer le vandalisme municipal en France au cours des siècles.. Réau énumère une multitude de destructions ou de dégradations ordonnées par les échevinages puis les conseils municipaux [1]. Paul Léon, avant lui, les avait pointées avec la même irritation [2]. L’un et l’autre citent le sort malheureux de l’Hôtel-Dieu d’Orléans. Le vieil édifice hospitalier a disparu des abords de la cathédrale Sainte Croix. Il n’en demeure plus aucune trace; aucune indication sur le site n’en rappelle l’existence. Léon de Buzonnière s’en émouvait dès le lendemain de sa disparition : « Le GRAND HOSPITAL ET MAISON-DIEU du Moyen Âge vient d’être détruit; il n’en reste pas pierre sur pierre. Sur son emplacement végètent tant bien que mal quelques arbres poudreux, et rien, pas une simple inscription ne rappellera aux classes malheureuses que ce lieu fut consacré par nos pères au soulagement des souffrances du pauvre [3] ». Quelques rares vestiges, ignorés des Orléanais eux-mêmes, sont dispersés entre la cour du musée historique et archéologique de l’Orléanais et diverses réserves de la ville. Il tomba en 1845 et 1846 sous les coups des démolisseurs, malgré les protestations du Comité des arts et monuments et les injonctions de la Commission des monuments historiques. Ferdinand de Guilhermy le rappelait aux lecteurs des Annales archéologiques en 1859 : « Il existait à Orléans un remarquable hôtel-Dieu, reconstruit en 1513. La salle Saint-Lazare avait cinquante mètres de longueur. En dépit de toutes les recommandations des comités historiques, l’administration municipale a jeté ce monument par terre pour mieux mettre en vue la nef de la cathédrale, ce singulier essai d’architecture entrepris par les XVIIe et XVIIIe siècles [4]. » Viollet-le-Duc l’évoquait dans son fameux Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle : « Pourquoi la ville d’Orléans a-t-elle démoli son ancien Hôtel-Dieu, l’un des plus beaux édifices de la Renaissance ? Combien de villes se sont ainsi, sans raison sérieuse, dépouillées des monuments qui constataient leur ancienneté, qui leur donnaient un intérêt particulier et qui retenaient des étrangers dans leurs murs ! Beaucoup regrettent, un peu tardivement, ces actes de vandalisme [5]. » Avec Aymard et Cattois le ton est autre : « Le vandalisme municipal a renversé ce curieux édifice. (...) On a profané sans remords une terre consacrée par les douleurs humaines et les soins pieux apportés à leur allégement : triste signe de déchéance morale pour nous. S’il nous était permis d’espérer qu’en le maudissant nous ferions rentrer en lui-même cet esprit de vertige et de renversement, avec quelle justice empressée nous le couvririons de notre réprobation. Mais laissons à l’avenir notre vengeance : elle ne tardera pas [6]. » Il n’est plus aujourd’hui question de vengeance mais de compréhension des tenants et aboutissants d’un événement méconnu [7]. La destruction de l’Hôtel-Dieu d’Orléans illustre emblématiquement le difficile cheminement dans l’opinion française de la protection des monuments historiques [8]. Elle témoigne de l’opposition de tant d’élus municipaux à la politique nationale, donc centralisée, du patrimoine architectural voulue par le gouvernement de Louis-Philippe [9].

Un ensemble immobilier disparate

2L’Hôtel-Dieu, institution capitulaire, trouvait son origine dans une fondation d’É tienne de Garlande, doyen du chapitre de Sainte-Croix, en 1150 [10] : il avait affecté plusieurs maisons de sa propriété, adossées aux murailles de la ville et situées dans l’enceinte claustrale, à l’établissement d’un hospice dénommé dans les actes publics « Domus Dei sanctae Crucis » ou « Hospitalis Dei hujus ecclesiae » [11]. Il s’étendait de la porte Parisie à la tour Salée [12]. Sa chapelle, « petite et sans ornement » [13], fut construite sur une crypte à la fin du XIIIe siècle.

3Sa capacité d’accueil paraît insuffisante dès la deuxième moitié du XVe siècle. Le « beau XVIe siècle » permit à l’institution de s’étendre [14]. Louis XII le décida par charte du 15 mars 1512 [15]. En rendant inutiles les premières murailles, la construction d’une quatrième enceinte, plus septentrionale, autorisa un agrandissement au nord. Les travaux débutèrent dès l’obtention de la concession du terrain le 15 mars 1513, grâce à une substantielle donation de Jacques Damont, protonotaire apostolique et archidiacre de Beaugency [16]. Ils se prolongèrent durant une cinquantaine d’années [17], sans plan rigoureusement conçu, soumis par la nature des ressources sur lesquelles on comptait « au caprice de la générosité publique » [18]. L’édification d’un grand bâtiment, long de 40 mètres, affecté au logement des malades en deux grandes salles superposées, orienté nord-sud, exigea en particulier « plusieurs abatis et démolucions des édiffices et logeis dudict Hostel-Dieu » [19]. Le manque de financement compliqua le déroulement des travaux. Mais « au moment de la réforme, l’Hôtel-Dieu du Moyen Âge n’existait plus; le bouleversement avait été général [20] ».

4Le XVIIe siècle compléta le monument. En 1621, le corps de ville autorisa les maîtres et administrateurs à emprunter douze mille livres pour la construction de nouvelles salles, qui étaient achevées en 1625 si l’on en croit l’inscription placée au-dessus de la porte occidentale [21].

5Dans les premières années du règne personnel de Louis XV, la reconstruction de la tour nord de l’église métropolitaine, sur des plans de Gabriel, approuvés par arrêts du Conseil du Roi, exigea de retrancher ceux des bâtiments hospitaliers qui nuisaient à la fondation ou qui gâteraient la vue du portail [22]. La chapelle, seule église d’Orléans épargnée par les Huguenots pendant les guerres de religion [23], agrandie au début du règne d’Henri IV, était du nombre. La cession d’une parcelle située dans les limites du cloître cathédrale, à proximité du croisillon nord, répara cette perte immobilière. Un bail du 8 mars 1731 chargea l’entrepreneur Ambroise Lemoyne de la démolition et des nouvelles installations de l’Hôtel-Dieu [24]. La chapelle de substitution, édifiée d’après les dessins de Weirbreicht et sous la direction de Gabriel dans un style très simple qui « portait le cachet de l’époque » [25], était consacrée la veille de Noël 1733 [26]. Ces travaux occasionnèrent d’ailleurs quelques désordres au vieil édifice [27].

6L’Hôtel-Dieu avait désormais sa disposition définitive qui perdura jusqu’à l’époque de la démolition. Avec toutes ses dépendances, il formait, sauf de légères irrégularités, un parallélogramme rectangle d’environ 87 mètres d’est en ouest sur 41 du nord au sud. C’était un ensemble disparate, résultat d’un accroissement progressif. Des amateurs éclairés ne lui reconnaissaient guère d’intérêt esthétique. Citons l’abbé Emmanuel de Torquat, l’un des fondateurs de la Société archéologique et historique de l’Orléanais : « C’est une agglomération sans ordre de bâtiments de tous les genres » [28]; « comme ceux de tous les établissements publics, ils se multiplièrent à proportion des besoins, et formèrent enfin cette agglomération de maisons sans régularité, presque sans cours, et par conséquent sans air » [29]. Les Archives de la Commission des monuments historiques le qualifiaient d’« assemblage de constructions sans régularité » [30].

7Se singularisait par son incontestable intérêt architectural le grand bâtiment, orienté nord-sud, construit dans la première moitié du XVIe siècle et qui portait si bien « le cachet de son époque » [31]. Il s’élevait, au-dessus d’un caveau complet, d’un rez-de-chaussée d’une grande hauteur, d’un étage et d’un comble établi sur d’aussi larges proportions. De vaste dimension – 40 mètres sur 12 –, la salle Saint-Lazare, destinée à l’accueil des malades, frappait par son élévation. Neuf hautes et fines colonnes, sans base mais terminées par des chapiteaux s’épanouissant « comme des têtes de palmier », illustrés de dessins imaginaires, de têtes d’homme, d’anges ailés et de lions, portaient poutres et solives laissées à découvert. Elle était éclairée par de grandes fenêtres géminées. La salle du premier étage avait la même étendue et la même structure que celle du rez-de-chaussée; mais des piliers en bois y remplaçaient les colonnes de pierre. Le comble, destiné à la fonction de séchoir, était largement ouvert aux courants d’air par les six ouvertures cintrées pratiquées dans les deux murs pignons. On parvenait dans les étages par un escalier à vis situé dans une tourelle octogone appuyée à l’angle de la façade occidentale. Elle recelait l’un des trésors de l’édifice. Buzonnière en a laissé une évocation mémorable : « L’intérieur n’avait nul ornement, mais la porte était un bijou, comme on savait en faire au XVIe siècle (...). Une multitude de sujets sacrés, profanes, fantastiques s’y pressaient dans un désordre moral qui ne nuisait en rien à l’effet artistique (...). Lorsqu’après avoir parcouru ces objets on venait à les mesurer, on comprenait à peine comment ils pouvaient tenir sur une surface de deux mètres de large sur deux mètres de hauteur, ou, pour mieux dire, d’environ trois mètres carrés, déduction faite du vide de la porte [32]. »

8La façade septentrionale élevée en bordure de la rue de l’É vêché frappait par son austérité. éclairée de neuf ouvertures, elle était divisée par deux puissants contreforts. En son centre, une inscription gravée en pierre sous l’unique fenêtre ogivale du bâtiment, rappelait aux passants la destination du bâtiment : « C’est le grand Hostel-Dieu ». Le pignon méridional, d’une structure de masse très voisine de son opposé, présentait l’ornementation extérieure la plus intéressante. « Empreint du gracieux cachet de la renaissance », il ne se distinguait pas moins de « la plupart des œuvres de cette époque par la sévérité de son style et sa parfaite symétrie » [33]. Des baies en plein cintre élancées complétaient deux grandes fenêtres géminées. Les grandes niches, avec socle et pinacle, que ces dernières encadraient, avaient perdu le grand Christ en croix et les statues de la Vierge et de Saint-Jean l’É vangé-liste [34] sculptés par François Marchant [35]. Le portail, d’agréable proportion, remarquable par la pureté de ses lignes, occupait avec tout son système décoratif le compartiment central du rez-de-chaussée. Sa baie, à archivolte plein-cintre, était encadrée de deux pilastres surmontés de chapiteaux décorés et d’un entablement de style hellénique tels que les affectionnaient les architectes de la Renaissance. L’ornementation de l’entablement et de l’archivolte ne manquait pas d’intéresser le curieux par sa variété et la finesse de son exécution [36].

Un projet d’urbanisme longtemps différé

9Lorsque par délibération du 15 juin 1839 le Conseil municipal d’Orléans décida la construction d’un nouvel Hôtel-Dieu à proximité de l’hôpital général et ordonna la démolition des vieux bâtiments pour que la cession de ses matériaux contribuât au financement des travaux [37], les édiles de la monarchie de Juillet menaient à bien un projet déjà ancien. L’administration orléanaise réfléchissait depuis des décennies au transfert des services de l’Hôtel-Dieu. Il en était question dès la fin de l’Ancien Régime. En 1769, le projet de son déplacement dans les bâtiments du couvent des Calvériennes, occupés alors par une unique religieuse nonagénaire, avait été soumis par les administrateurs hospitaliers à l’évêque [38]. L’affaire avait été examinée dans les bureaux de l’intendance en 1769 et 1770 [39]. De 1776 à 1781, le maire et les échevins correspondirent à ce sujet avec l’évêque d’Orléans, Jarente de la Bruyère, l’intendant des finances du duc d’Orléans Villepion, et l’intendant royal Cypierre [40]. Ils en appelèrent directement au gouvernement royal en 1788 [41]. Il était alors proposé de réunir l’Hôtel-Dieu à l’hôpital général [42].

10Deux considérations convergeaient dès cette fin du XVIIIe siècle pour condamner le vieil Hôtel-Dieu. On critiquait les conditions sanitaires d’accueil des malades et les dangers courus par le voisinage; on souhaitait dégager les abords de la cathédrale pour assurer sa mise en valeur. Le mémoire présenté à l’évêque d’Orléans par les administrateurs hospitaliers les combinait dès 1769 [43]. Un postulat dévastateur était énoncé : il fallait détruire l’Hôtel-Dieu pour dégager, donc mettre en valeur l’église métropolitaine [44].

11Le souci hygiéniste manifesté à Orléans à la fin du règne de Louis XV s’inscrivait dans le vaste mouvement médical contemporain métamorphosant l’hôpital d’institution de séparation et d’exclusion en instrument thérapeutique. On en trouve d’autres expressions à Paris après l’incendie de l’Hôtel-Dieu survenu dans la nuit du 29 au 30 décembre 1772 [45]. « C’est autour de 1760 qu’est apparue l’idée que l’hôpital pouvait et devait être un instrument destiné à guérir le malade [46]. » La médecine hospitalière se constituait alors comme une médecine du milieu « dans la mesure où la maladie [était] considérée comme un phénomène naturel obéissant à des lois naturelles [47] ». L’intervention sur le milieu dans lequel le malade évoluait, imposait de modifier à des fins thérapeutiques l’air respiré, l’eau absorbée, le régime alimentaire observé... L’hôpital ne pouvait plus être un univers sombre, obscur, situé en plein cœur de la ville, propageant ses miasmes et ses déjections. « La ville avec ses principales variables spatiales apparaît comme un objet à médicaliser [48]. » Le discours médical sur la morbidité urbaine qui prospérait alors dénonçait l’hôpital traditionnel comme un foyer de mort, « tâche sombre » dans l’espace des villes [49]. Le contrôle sanitaire imposait de donner à l’hôpital une autre localisation; le projet thérapeutique nécessitait de repenser son agencement interne en individualisant l’espace de vie des malades et en créant les conditions d’une intervention efficace sur leur milieu.

12Le sort de l’Hôtel-Dieu d’Orléans n’était pas encore réglé en 1789. L’administration municipale révolutionnaire donna sa pleine approbation en avril 1791 au projet de 1769 : « Nous avons estimé que le projet qui avait été conçu en 1779 (sic) de placer l’Hôtel-Dieu dans la maison des religieuses du Calvaire, et que des circonstances impérieuses ont empêché de suivre alors, présentait les plus grands avantages sans inconvénients, nous y trouvons la facilité de réunir l’hôpital à l’Hôtel-Dieu faisant entrer la rue St-Jacques le Brûlé, et on peut assurer que les dépenses à faire ne seraient pas très considérables [50] ». Rien n’était encore arrêté. Le 19 vendémiaire an 5, l’administration municipale constitua une commission de trois officiers de santé pour « faire constater ces inconvénients d’une manière authentique ». Latour, Projet et Lambron rendirent leur rapport le 21 brumaire an 5 : il était alarmiste [51]. L’Hôtel-Dieu, édifice très resserré, n’offrait que cinq salles pour des malades trop souvent enfermés dans un espace disproportionné à leur nombre. Les rapporteurs critiquaient l’absence de salle spé-cifique pour les maladies contagieuses et les convalescences. « Une des grandes causes de l’insalubrité fatale aux malades dans l’Hôtel-Dieu, c’est la confusion des maladies contagieuses avec les blessés, les fiévreux et les accouchées. » Ils stigmatisaient « les vices de l’air qu’on y respire » au nom des travaux du « célèbre Lavoisier ». « Ce serait fermer les yeux à l’évidence que de croire maintenant que l’Hôtel-Dieu au milieu d’Orléans, ne doit pas être regardé comme une des principales causes de la mortalité des pauvres qui s’y réfugient. Disons plus; on peut le considérer comme un foyer de maux contagieux qui se disséminent dans cette ville. » La municipalité songea alors à transférer « l’hospice national civil », selon sa dénomination révolutionnaire, dans la maison dite de Saint-Charles après la suppression de l’hôpital militaire qui l’occupait. L’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du Loiret, consulté, déconseilla cette implantation en relevant que les bâtiments en question se situaient en zone inondable.

13Les choses en restèrent là. Le conseil municipal ressortit le projet des tiroirs en 1806-1807 [52]. Il est alors question de transfert dans les bâtiments de l’ancienne abbaye Saint-Euverte, situés à l’extrémité orientale d’Orléans et convertis en filature de coton. La Commission constituée pour l’examen de la proposition conclut à son adoption et réclama l’obtention des moyens pécuniaires pour mener à bien une opération d’une impérieuse utilité sociale [53]. Tout achoppa à nouveau, sans doute faute de financement [54]. À défaut de décision, le vieil Hôtel-Dieu demeurait en activité à la chute de l’Empire. Les conseillers municipaux l’avaient pourtant condamné en adoptant en 1813, en application de la loi du 16 septembre 1807, le plan d’alignement pour toutes ses voies publiques situées « dans l’enceinte de ses murs » préparé par son architecte Pagot [55] et le voyer municipal Emery Dubois. Ce plan prévoyait d’isoler la cathédrale et en conséquence d’abattre les bâtiment implantés à moins de 26 mètres de ses tours. C’était sacrifier l’Hôtel-Dieu par considération pour « la grandeur et la beauté de l’église Sainte-Croix, l’une des plus grandes de l’Empire » [56]. Quand il rapporta sur ce projet d’alignement et redressement des rues d’Orléans devant le Conseil des bâtiments civils le 10 juillet 1817, Gisors ne dit mot de la démolition à intervenir de l’Hôtel-Dieu [57]. L’ordonnance royale avalisant l’opération fut rendue le 13 juin 1819. La mise en œuvre tarda; l’argent manquait autant pour construire un nouvel Hôtel-Dieu que pour percer la rue de Bourbon dans l’axe de la cathédrale [58].

14Un préfet de la Restauration, le vicomte de Ricé, reprit le projet à son compte à la fin de 1826. Un arrêté du 8 novembre constitua une commission ad hoc pour déterminer l’emplacement d’édification d’un nouvel Hôtel-Dieu [59]; Prosper Jollois, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du département et archéologue averti [60], en était le rapporteur. Elle acheva ses travaux le 8 décembre 1826 en confirmant le choix unanime de sa délibération du 23 novembre : elle suggéra des terrains situés entre la Loire et le faubourg Bourgogne, à l’est de la cité johannique. Le préfet entérina la proposition et obtint du Conseil général une contribution financière à hauteur de 210 000 francs. Le 6 février 1827 il se présenta devant le conseil municipal pour exposer plans et devis de cet ambitieux projet et « traiter, pour ainsi dire en conseil de famille, cette question d’une si haute importance sous le double rapport de la salubrité et de l’embellissement de la ville » [61]. La dépense prévue s’élevait à 837 500 francs financés en partie par l’allocation départementale de 210 000 francs et les produits de la vente de la démolition du vieil Hôtel-Dieu (50 000 f.) et de la portion de son terrain étrangère à l’extension de la place de la cathédrale (30 000 f.). Ricé recommanda que la ville d’Orléans finançât le surplus par un emprunt remboursé en vingt-huit annuités constantes de 30 000 francs prélevées sur ses revenus ordinaires [62]. Le conseil municipal renvoya l’examen de la proposition préfectorale à une commission de cinq membres. Le 12 février suivant, Tristant donna lecture de son rapport; le 21 le conseil municipal se prononça : il regardait comme utile la translation de l’Hôtel-Dieu d’Orléans; il reconnaissait que l’état des finances de la ville permettait de faire face à la dépense prévisionnelle grâce à la subvention départementale. Mais rien n’était encore fermement décidé : le conseil municipal consultait encore. Il confia à la commission déjà sollicitée l’examen détaillé des plans et devis communiqués par l’architecte Pagot, de donner son avis sur l’emplacement et de se prononcer sur le mode de financement. Le 16 mars Aignan, rapporteur, exposa devant ses collègues qui adoptèrent ses conclusions et les motifs qui les avaient dictées [63]. La ville retenait l’emplacement suggéré par la commission préfectorale et, sur l’avis de Jollois, appelé comme consultant [64], approuvait le projet de Pagot et arrêtait un dispositif financier [65]. Le 24 mars 1827, le vicomte de Ricé sollicita du ministre de l’Intérieur l’autorisation pour le département du Loiret de s’imposer extraordinairement pour financer son apport au projet de translation de l’Hôtel-Dieu [66]. Il justifiait l’entreprise au regard de considérations qui nous sont connues.

15Mais Corbière, ministre de l’Intérieur, s’abstint de porter la question devant les Chambres [67]. À défaut d’autorisation pour le conseil général du Loiret d’imposer extraordinairement les contribuables départementaux, le vote des édiles orléanais demeura lettre morte. Les travaux furent repoussés sine die. L’opinion ne renonça pas pour autant à ce grand projet sanitaire et social. Vergnaud-Romagnési prétendait se faire l’écho d’un sentiment commun lorsqu’il écrivait en 1830 dans son Histoire de la ville d’Orléans : « Depuis bien des années les habitants désirent le déplacement de cet hospice et son transfert hors du centre de la ville, tant pour l’intérêt des malades que pour la salubrité générale [68]. » En développant le 2 novembre 1836 devant le conseil municipal son projet de construction d’un nouvel Hôtel-Dieu, Besnard reprit le propos : « Il n’est personne dans notre ville qui ne désire ardemment cette translation : la mauvaise position de l’Hôtel-Dieu, la vétusté de ses bâtiments sont depuis longtemps l’objet de réclamations générales [69]. » Le projet de translation jamais abandonné, mais toujours reporté depuis un demi-siècle, avait grandement contribué au délabrement de l’édifice hospitalier. Par souci d’économie, l’Hôtel-Dieu d’Orléans n’était même plus entretenu [70].

La réalisation sous la monarchie de Juillet

16En usant de la faculté d’initiative concédée aux conseillers municipaux par la loi, Besnard relança l’affaire. Le conseil municipal d’Orléans, alors présidé par Hème, confia l’examen de sa proposition à une commission à laquelle il appartenait [71]. L’initiative échappait au représentant de l’État dans le département. Dès le 16 décembre 1836, Besnard donnait lecture de son rapport. Fort de l’avis de la Commission centrale de salubrité publique pour le département du Loiret [72], il proposait l’emplacement de la manutention des vivres militaires, rue Porte Madeleine, pour l’édification des nouveaux bâtiments. Tout comme en 1826-1827, il n’était pas seulement question de transfert des services de l’Hôtel-Dieu dans des locaux neufs mais également de destruction du monument historique. La commission proposait un plan de financement des travaux qui incluait le produit de la démolition du vieil Hôtel-Dieu pour la somme de 150 000 francs [73]. Le conseil municipal adopta les propositions de sa commission le 27 décembre 1836. Pourtant, comme incertain de ses décisions, il nomma aussitôt une commission mixte pour réexaminer la question du choix du terrain. Lacave, Besnard, Pelletier, Thion, et Dequoy, bientôt remplacé par Marchand, travaillèrent plus d’un an et demi, de concert avec les membres de la Commission administrative des hospices d’Orléans, avant de présenter leur rapport. Dequoy y reprit la question de très loin, en rappelant les initiatives avortées depuis l’Ancien Régime. Après avoir développé les raisons impératives qui justifiaient le transfert de l’Hôtel-Dieu [74], il conclut à la pertinence du choix du terrain occupé par la manutention des vivres militaires, dont la ville était nue propriétaire : il présentait l’avantage d’être vaste, « sans aucun danger ni inconvénient pour la salubrité publique », et d’être situé dans le voisinage de l’hôpital général. La suppression de la rue Saint-Jacques le Brûlé et d’une partie de la rue du Corbillon permettait de regrouper les deux institutions sur une vaste parcelle d’un seul tenant.

17Le conseil municipal approuva « à la presqu’unanimité » les conclusions de ses commissaires et confirma sa précédente délibération le 9 août 1838 [75]. Il apprenait le 10 novembre 1838 que, par délibération du 29 août, le Conseil général lui apportait sa contribution à concurrence d’une somme de 100 000 francs à raison du double avantage de « procurer aux malades qui y sont admis indistinctement, un local plus salubre et plus commode, et de démasquer la cathédrale, ce beau monument, objet de l’admiration des étrangers » [76]. Lorsqu’elle se prononça sur l’opération, la Commission des hospices d’Orléans associa aussi la considération de salubrité publique et d’humanité à celle d’embellissement urbain : « Enfin jusqu’à ce que l’Hôtel-Dieu soit déplacé, il est impossible d’opérer l’agrandissement et la construction de la place, devant et sur les côtés de l’église cathédrale, pour dégager son magnifique portail et pour le joindre par l’exécution d’un plan régulier à l’ouverture de la rue de Sainte-Croix qui aujourd’hui n’est plus un problème ». Dans son appréciation du mode de financement elle retint le vieil Hôtel-Dieu pour 130 000 francs, répartis en produit des matériaux de démolition (63 500 francs) et en prix de vente d’une partie du terrain (77 500 francs).

18Les autorités locales souhaitaient unanimement la démolition du monument historique. Conseil municipal et Commission administrative des hospices s’accordaient sans difficulté sur l’échange de la manutention des vivres militaires et du terrain d’environ 2 000 m2, encore occupé l’Hôtel-Dieu, voué à l’agrandissement et à la régularisation de la place Sainte-Croix [77]. D’autres dispositions nécessitèrent de nouveaux examens par l’assemblée municipale. Le 15 juin 1839, elle adoptait définitivement le principe de la translation de l’Hôtel-Dieu à proximité de l’hôpital général et votait les ressources nécessaires à la réalisation du projet hospitalier à l’unanimité moins deux voix [78]. Elle approuvait les conclusions de sa commission chargée d’examiner les plans et devis de travaux du nouvel établissement le 6 mars 1840; elle invitait le maire à soumettre les pièces du projet au ministre de l’Intérieur et au Conseil des bâtiments civils [79]. Il fallait dans un premier temps satisfaire aux exigences de l’ordonnance du 23 août 1835 organisant, par dérogation partielle à la loi du 7 juillet 1833 sur l’expropriation pour cause d’utilité publique, les règles de l’enquête publique pour les travaux publics d’intérêt purement communal. L’enquête diligentée pour la translation de l’Hôtel-Dieu donna donc la parole aux Orléanais, pendant trois jours consécutifs, soit les 22,23 et 24 juillet 1839, pour formuler leurs observations ou faire acter leurs récriminations. Trente personnes se signalèrent auprès du commissaire désigné par le préfet, dont vingt sous la forme d’une pétition collective. Une écrasante majorité – des propriétaires menacés d’expropriation et des voisins du futur établissement – critiquait le choix du terrain; un seul individu contesta la pertinence du projet municipal. Charles François Vergnaud-Romagnési [80] était « le seul qui attaqu[ait] le projet de déplacement de l’Hôtel-Dieu, qui, selon lui, peut encore exister tel qu’il est pendant bien des années. Il blâm[ait], d’ailleurs, le choix du terrain sur lequel on veut transférer l’Hôtel-Dieu parce que, étant contigu à l’hôpital et à l’hospice des aliénés, il en [pouvait] résulter des dangers graves, si un des établissements était attaqué par une maladie contagieuse [81]. » Voilà à quoi se limita la défense du monument historique. Le commissaire Baudry conclut à l’utilité publique des travaux projetés par le conseil municipal et la Commission des hospices d’Orléans. Le dossier pouvait être transmis au ministère de l’Intérieur.

19L’État prit une exacte connaissance des projets des instances locales lorsque la Ville d’Orléans sollicita l’autorisation royale de « poursuivre l’expropriation pour cause d’utilité publique des maisons et terrains dont l’emplacement est nécessaire pour la construction d’un nouvel Hôtel-Dieu, en remplacement de celui qui existe ». Le bureau des hospices de la Direction départementale et communale du ministère de l’Intérieur instruisit le dossier. Aucune attention ne semble y avoir été portée au sort réservé par les édiles orléanais au monument historique. Louis-Philippe signa l’ordonnance portant autorisation le 26 novembre 1839 [82]. L’affaire traîna encore. Ce ne fut que le 30 août 1841 que le maire Sevin-Moreau [83] posa la première pierre du nouvel Hôtel-Dieu [84]. Les travaux exigèrent plus de trois années. Leur réception intervint seulement à la fin de l’année 1844.

20La Commission des monuments historiques ne prit connaissance des menaces qui pesaient sur le vieil Hôtel-Dieu orléanais que tardivement et fortuitement. L’architecte Léon Vaudoyer [85], en mission dans la capitale du Loiret [86], l’en avisa par une lettre du 9 janvier 1844, dont Lenormant [87] donna lecture lors de la séance du 19 janvier [88]. En regrettant amèrement que le principe du démantèlement fût arrêté sans aucun souci d’un éventuel remploi, Vaudoyer suggérait à la Commission de lui confier la mission de mesurer et dessiner plans, coupes et élévations de la salle Saint-Lazare, et d’engager une procédure de sauvegarde des principaux éléments de la démolition pour une éventuelle réédification en d’autres lieux [89]. Charles Lenormant rédigea la lettre au préfet du Loiret, expédiée le 9 février 1844 sous la signature du ministre Duchâtel. Après avoir exprimé les regrets de la Commission des monuments historiques d’être saisie si tardivement « de l’examen d’une affaire qu’elle considère comme excessivement grave sous le point de vue de l’art et de l’histoire », il demandait expressément au représentant de l’État de soumettre l’affaire à un nouvel examen du conseil municipal afin d’assurer la conservation de l’ancien Hôtel-Dieu. La correspondance ministérielle ne ménageait pas les susceptibilités locales en rappelant explicitement les déplorables précé-dents que constituaient la démolition de la collégiale Saint-Pierre-en-Pont, le démantèlement des remparts et la mutilation décorative de l’ancien cimetière. Enfin s’il reconnaissait l’indiscutable utilité d’édifier un nouvel Hôtel-Dieu à la ville d’Orléans, le ministre rejetait la démolition de l’ancien à raison de sa contiguïté avec la cathédrale. Il exposait clairement les principes d’une politique nationale de rénovation urbaine : « Je n’admets pas que les questions de dégagement et d’alignement prennent le pas sur toutes les autres dans les projets d’embellissement des villes. Les plans de dégagement et d’alignement doivent au contraire être constamment subordonnés à la conservation des monuments dont l’importance sous le rapport de l’art et de l’histoire n’est point sujette à contestation. C’est le vœu des grands pouvoirs de l’État qui en mettant à ma disposition un fonds considérable pour la conservation des monuments historiques, ont par là donné force de loi à des réclamations exprimées au nom de l’art, de la science et de l’honneur national[90]. » La Commission des monuments historiques prétendait explicitement pour ses avis à la valeur légale. C’était placer ses ambitions fort haut.

21Vallet de Villeneuve [91], préfet du Loiret, transmit le courrier ministériel au maire d’Orléans le 12 février. La Providence voulut que le nouvel édile Louis Henri Hippolyte Lacave, nommé par ordonnance royale du 3 septembre 1843, installé dans ses fonctions le 5 octobre, s’intéressait à l’histoire monumentale et archéologique [92] : cet ingénieur des Ponts et Chaussées, membre de la Société d’agriculture, sciences et lettres d’Orléans, serait l’un des seize fondateurs de la Société archéologique de l’Orléanais [93], qu’il présiderait du 29 février au 25 mai 1849 [94]. Pourtant l’avis de la Commission des monuments historiques ne le toucha pas le moins du monde. Il donna réponse le 21 mars [95] par une lettre très étudiée où il donnait libre cours à son irritation à l’endroit des membres de la commission. Il rappelait tout d’abord que la démolition de l’Hôtel-Dieu avait constamment fait partie des projets d’alignement et de redressement ayant pour objet de dégager les abords de la cathédrale, sans jamais éveiller la moindre critique. Il feignit d’avoir compris de la lecture de la lettre du ministre qu’il n’était question à Paris que de sauvegarder la façade du bâtiment abritant la salle Saint-Lazare, « la seule partie de cet édifice qui semble digne de l’attention et des suffrages des artistes », pour mieux rappeler qu’elle n’était éloignée que de quatre ou cinq mètres de la tour septentrionale de Sainte-Croix. Lacave insista et osa l’ironie : la construction des tours de la cathédrale au XVIIIe siècle avait eu pour résultat « l’enfouissement d’un morceau d’architecture qui excite à un si haut degré l’enthousiasme des connaisseurs; mais on peut affirmer que ce chef d’œuvre est aujourd’hui comme perdu pour eux à la place qu’il occupe ». L’état de délabrement de la plupart de ses sculptures rendrait son transport et sa réinstallation à Paris plus coûteuse qu’une nouvelle façade à l’identique. La critique de vandalisme adressée par le ministre à la ville d’Orléans et à ses agents passés et présents conduisit le maire à une charge contre les membres de la Commission des monuments historiques, qualifiés d’« administrateurs fanatiques de l’antiquité toujours prêts à s’extasier devant la masse la plus informe de maçonnerie pourvu qu’elle compte quelques siècles de durée » [96]. Le secrétaire général, pour le préfet en tournée, transmit au ministre copie de la lettre du maire d’Orléans en ne dissimulant pas son assentiment : « Ces observations me paraissent fondées. Je me suis assuré, par l’inspection des lieux, Monsieur le Ministre, qu’il fallait renoncer à la pensée de laisser sur place, et probablement aussi au projet de transporter dans la cour de l’É cole des beauxarts, à Paris, ce fragment élégant mais dégradé de l’architecture civile du XVIe siècle. » L’administration devait désormais, à ses yeux, consacrer ses efforts à convaincre « ceux des habitants qui font profession d’aimer les arts et l’histoire » à donner dans Orléans même une nouvelle implantation et une autre destination au bâtiment [97].

22Vitet et ses collègues prirent connaissance de la réponse des autorités locales par le rapport qu’en donna Lenormant lors de la séance du 19 avril 1844 [98]. Ils ne cédèrent pas devant l’argumentaire du maire d’Orléans et demandèrent à nouveau un réexamen de la question. Ils font répondre par le ministre de l’Intérieur le 10 mai 1844 sur un ton singulièrement mordant. Le rapport de Lenormant faisait le fond de ce courrier. Après avoir affirmé persister dans ses conclusions du 9 février, il signalait l’incompréhension du maire d’Orléans qui avait supposé qu’il n’était question que d’une façade quand il s’intéressait au sort de tout l’Hôtel-Dieu luimême, « dont la grande salle est du plus haut intérêt, et auquel il serait facile de donner une autre destination, après le déplacement de l’Hôtel-Dieu ». Il stigmatisait l’inversion des valeurs cultivée par le Conseil municipal : « Quant à l’objection tirée de la nécessité d’isoler la cathédrale, je m’étonne de voir M. le maire d’Orléans mettre des considérations d’alignemens au dessus de l’intérêt que présente la conservation des monumens, et dans l’espèce, l’objection est d’autant plus mal placée, que le quartier où sont situés la cathédrale et l’Hôtel-Dieu n’est pas l’un des plus fréquentés de la Ville. » La conclusion, suggérée par Lenormant [99], ne contribua pas à l’apaisement des susceptibilités : « Je vous prie de faire observer à M. le maire, que, lorsqu’il s’agit d’apprécier un avis émis par les hommes les plus compétens, qui ne se sont pas montrés sévères que par l’intérêt le plus réel en faveur de la ville, il est pénible de voir des administrateurs, au milieu du progrès général des idées, loin de réparer les erreurs commises par leurs prédécesseurs, s’attacher au contraire à les justifier, et assurer ainsi une grave responsabilité. » Dès le 12 mai, Vallet de Villeneuve, qui citait la lettre ministérielle, demanda au maire un nouvel examen du projet de démolition par le conseil municipal [100].

23Vitet se déplaça en Orléanais et en Blésois pour apprécier sur place la situation. Il rendit compte à ses collègues de sa tournée lors de la séance du 30 juillet 1844. « À Orléans, une réaction se fait sentir en faveur de la conservation de l’hôtel-Dieu, la place qui devait s’étendre autour de la cathédrale n’aura pas les proportions que l’on avait d’abord imaginées, et il sera possible de conserver l’ancien hôtel-Dieu, et de l’utiliser, en y plaçant un dépôt d’archives [101]. » En cet été 1844, Mérimée, accompagné de Viollet-le-Duc, commença sa tournée d’inspection par Orléans [102]. Il quitta l’Orléanais rasséréné, mais avec le pressentiment de l’échec final : « C’est le cas de se faire tuer pour les bons principes. Je crois que nous devons jusqu’à la dernière extrémité nous opposer à la démolition de la salle Saint-Lazare. Je crois que nous succomberons, mais il est de notre devoir de protester [103]. »

La vaine tentative de transaction menée par Mérimée

24La Commission renonçait à sauver l’ensemble de l’édifice. Elle ne songeait plus qu’à préserver le grand corps de bâtiment construit dans la première moitié du XVIe siècle, en lui trouvant une nouvelle affectation. Le 30 août 1844, Duchâtel demanda au préfet de consulter le conseil général du Loiret [104] sur le projet d’y placer les archives départementales. Il faisait remarquer que le projet d’ouvrir une grande place autour de la cathédrale avait été amendé par l’autorisation municipale de bâtir un presbytère au sud, « sur un alignement beaucoup plus rapproché de l’édifice que celui qui avait été adopté d’abord » [105]. Après le transport sur les lieux de sa commission compétente, qui constatait « un état complet de mutilation », l’assemblée départementale adopta le 1er septembre 1844 une délibération qui valait fin de non recevoir [106]. La récente installation des archives du département dans des bâtiments de la préfecture adaptés et rénovés interdisait leur transport à l’Hôtel-Dieu.

25Les autorités municipales et départementales campaient sur les mêmes positions. Désormais le gouvernement se heurtait à un front commun des élus locaux du Loiret. Lorsqu’il inaugura le nouvel Hôtel-Dieu le 26 novembre 1844 « au milieu d’une affluence considérable de curieux » [107], le maire Lacave justifia les choix du conseil municipal par d’impérieuses nécessités sanitaires et médicales, mais tut le conflit déclaré avec la Commission des monuments historiques. Pour lui, l’ancien Hôtel-Dieu ne méritait aucune attention : « L’érection de cet antique édifice, dont le délabrement blesse tous les regards, et qui obstrue l’aspect de notre belle cathédrale, remonte à une époque où l’application des règles d’hygiène à l’art des constructions était peu connue ou peu pratiquée; et son insalubrité, résultant de l’imperfection de sa ventilation et de l’extrême difficulté de son chauffage, était encore aggravée par son état de vétusté [108]. »

26L’évacuation des vieux bâtiments, « étayés de toutes parts », débuta dès la veille de l’inauguration officielle [109]. Le transfert des malades vers le nouvel établissement s’opéra en deux journées, les 3 et 26 décembre 1844 [110].

27Le conseil municipal d’Orléans poursuivait l’exécution de son projet au mépris des avis et recommandations du ministre de l’Intérieur et de la Commission des monuments historiques. Sur le rapport de Paillet, le 24 décembre 1844, il autorisa son maire à procéder à l’adjudication de tous les bâtiments de l’ancien Hôtel-Dieu [111]. Lacave attendit le 21 février 1845 pour en informer le représentant de l’État [112]. Entre temps l’estimation des produits de la démolition avait été conduite par les architectes orléanais Pagot et Thuillier. Préparé par le voyer départemental et le secrétaire de la mairie, le cahier des charges de la vente publique avait également été arrêté : son article 3 faisait obligation à l’adjudicataire d’effectuer, avant le 1er janvier 1848, la démolition complète des bâtiments et dépendances de son lot, y compris les voûtes des caves, d’enlever les matériaux, et de combler les excavations éventuelles jusqu’au niveau de la place Sainte-Croix. L’article 4 réservait à la ville d’Orléans la porte de pierre extérieure de la salle Saint-Lazare, les chapiteaux et colonnes supportant le plancher de cette même salle, l’encadrement complet de la porte de l’escalier tournant près l’appartement de la mère supérieure [113]. Le Journal du Loiret et L’Orléanais inséraient une annonce respectivement les 22 et 23 février 1845.

28Dans l’ignorance où le préfet le laissait des démarches de la municipalité d’Orléans, le gouvernement ne restait pas inerte. Le 28 février 1845, après réception d’un rapport de Vaudoyer et consultation de la Commission des monuments historiques qui se résolvait à sauver seulement la partie la plus remarquable de l’Hôtel-Dieu [114], Duchâtel confirma au préfet le classement du bâtiment abritant la salle Saint-Lazare : « Je persiste à mettre la salle Saint-Lazare au nombre des monuments historiques et vous invite de nouveau à prendre les mesures nécessaires pour conserver cette partie de l’Hôtel-Dieu. » Il motivait à nouveau sa décision : « l’avis unanime des artistes » condamnait « un vaste isolement de la cathédrale »; détruire pour un bénéfice de 15 000 francs un édifice qui coûterait au moins 400 000 francs à bâtir, sans même parler de son mérite architectural, serait « de la part du gouvernement une imprévoyance coupable » [115]. À réception du cahier des charges de l’adjudication, Duchâtel renouvela ses instructions par lettre du 12 mars 1845 : « Dans le cas où vous ne l’auriez pas fait, vous devrez, au reçu de cette dépêche, donner des ordres pour que la portion de l’Hôtel-Dieu, connue sous le nom d’aumône de Ste Croix ou de salle St Lazare, ne soit pas comprise dans la vente aujourd’hui projetée, et pour qu’il en soit fait un lot à part, qui ne devra être adjugé que dans le cas où je vous en donnerais l’autorisation. » Vallet de Villeneuve n’avait pas attendu ce rappel pour prendre toutes les dispositions utiles. Le maire obtempéra aux injonctions ministérielles non sans faire annoncer par le préfet une prochaine réclamation [116].

29La vente publique se tint dans les locaux de la mairie le 22 mars 1845. Le premier lot mis à prix à 32 000 francs, ne trouva preneur qu’à 14 050 francs; le troisième et le quatrième lots, offerts à 26 000 francs et 14 700 francs, furent respectivement adjugés 15 000 et 14 700 francs. Après avoir réclamé et obtenu promptement l’approbation préfectorale à l’adjudication, le maire demanda le 8 avril 1845 aux membres de la Commission administrative des hospices de faire enlever immédiatement les objets réservés par eux et susceptibles de se trouver dans les bâtiments condamnés. Le lendemain il avisa les adjudicataires qu’ils pourraient débuter la démolition après versement dans les caisses municipales du premier quart du prix de vente. Dans la première quinzaine de juillet, Vaudoyer gagna Orléans pour examiner l’état d’avancement des opérations. Il témoigna auprès de la Commission des monuments historiques que les bâtiments édifiés sur la rue de l’évêché, généralement considérés « comme très mauvais », étaient au contraire « très solidement construits et susceptibles de durer encore très longtemps » [117]. Les travaux se prolongè-rent jusqu’au mois de décembre 1845 au cours duquel les démolisseurs dégagèrent les fondations [118]. Des vols de plomb et de ferraille, élucidés pour partie, émaillèrent la chronique locale [119]. On remit à jour la crypte de la chapelle médiévale abattue au milieu du XVIIIe siècle. L’abbé Torquat la visita : « Pour y arriver, je suis descendu d’abord dans un caveau voûté en ogive de la dernière période, puis j’ai suivi un escalier profond et en ruines. Des restes d’ossements rappellent qu’elle a servi de caveau sépulcral (...). À la voûte de l’ancienne crypte, divisée en quatorze arcs doubleaux, on remarquait une ancre peinte en noir, symbole d’espérance adopté par l’Hôtel-Dieu, et qui se retrouve encore sur une des portes de la salle Saint-Lazare [120]. » Vergnaud-Romagnési ne négligea pas d’étudier les antiquités mises à jour par la fouille des fondations [121].

L’obstination des assemblées locales

30Le bâtiment de la salle Saint-Lazare demeurait debout. Le maire d’Orléans ne désarmait pas; il n’eut de cesse d’en obtenir la démolition. Avant la vente, il avait déjà sollicité la libre disposition par la Ville d’Orléans du bâtiment sauvegardé, et demandé l’exécution du plan d’alignement approuvé par ordonnance du roi Louis XVIII, ce qui signifiait la mise à bas de la plus grande partie de l’édifice. Il rappelait, avec quelque perversité, l’État à une plus grande cohérence. « Tout en déférant à cette prescription, l’administration municipale fait ses réserves pour conserver à la Ville la libre disposition d’un bâtiment qui lui appartient et pour l’exécution du plan d’alignement approuvé par ordonnance royale du 13 janvier 1819 d’après lequel la plus grande partie de la salle en question doit être démolie pour agrandir l’étroit passage qui existe entre l’Hôtel-Dieu et la cathédrale. J’ai lieu d’ailleurs d’espérer que la mesure prescrite par M. le ministre n’est que temporaire, et qu’il fera droit aux réclamations que j’aurais à lui soumettre dans l’intérêt des finances de la ville, et de l’exécution du grand ouvrage pour lequel elle a fait tant de sacrifices et qui restera imparfait tant que les abords de la cathédrale seront obstrués par le bâtiment dont il s’agit, qui masque tout à fait le côté nord du portail [122]. »

31Le conseil municipal d’Orléans et le conseil général du Loiret firent encore cause commune. Le premier adopta à l’unanimité, dans sa séance du 25 juillet 1845, un vœu à l’effet d’obtenir la prompte démolition de la salle Saint-Lazare. En informant le ministre de l’Intérieur de cette délibé-ration, le préfet ne cachait pas sa perplexité : par la révélation des parties non apparentes du bâtiment réservé, la démolition des lots adjugés avaient « rendu plus sensible encore l’effet désagréable qu’il produit près de la cathédrale ». Valet de Villeneuve prenait fait et cause pour la requête des édiles orléanais. « Il faut reconnaître, Monsieur le Ministre, que le maintien de la salle Saint-Lazare dans son emplacement actuel, à proximité de la cathédrale dont elle n’est séparée que de 4 mètres 80 centimè-tres, produirait l’effet le plus disgracieux [123]. » Léon Vaudoyer, dépêché sur place à la demande de la Commission des monuments historiques, reconnaissait que la salle Saint-Lazare, plantée sur un vaste parvis de cathédrale, déchaussée d’environ un mètre après l’abaissement du sol, était loin de présenter un bel aspect. « Il est certain que seul et isolé comme il se voit présentement, le bâtiment de la salle St Lazare se trouve dans des conditions désavantageuses, qui pourraient faire croire, mais à tort, que sa conservation n’était pas possible, mais au moins on peut se convaincre qu’il ne masque aucunement la cathédrale [124]. »

32Le conseil général jouait sa partie de son côté. Par délibération du 28 août 1845, il décidait de suspendre le versement à l’administration des hospices de la somme de 75 000 francs votée pour l’édification du 4e pavillon du nouvel Hôtel-Dieu jusqu’à démolition et entier déblaiement de l’emplacement de l’ancien. C’était offrir un nouvel argument aux promoteurs du complet démantèlement du vieil édifice hospitalier. La commission administrative des Hospices civils d’Orléans s’en empara la première dans un courrier au préfet daté du 11 octobre 1845. Si besoin était, elle s’associait aux démarches du conseil municipal auprès du gouvernement du Roi. Elle faisait valoir que priver la trésorerie communale de la subvention départementale et du produit de la démolition du bâtiment réservé équivalait à repousser sine die la construction du quatrième pavillon du nouvel Hôtel-Dieu, pourtant indispensable à la ville d’Orléans [125], pour « un motif aussi peu sérieux que celui relatif au maintien de la salle St-Lazare ».

33Lacave doubla très rapidement la réclamation de la commission administrative, à laquelle il appartenait statutairement en sa qualité de maire, par une lettre du 14 octobre 1845. Il relevait « la décision itérative » du conseil général pour solliciter de l’autorité préfectorale une démarche efficace auprès du ministre de l’Intérieur. « L’administration municipale se croit donc fondée, Monsieur le Préfet, à espérer que M. le Ministre voudra bien prendre en considération les motifs impérieux qui l’obligent à réclamer de nouveau une prompte solution de cette affaire. Elle connaît trop d’ailleurs les sentiments d’équité et de bienveillance pour les intérêts communaux, dont il est animé, pour craindre un plus long ajournement qui porterait à la ville le plus grave préjudice et entraverait les améliorations réclamées depuis longtemps dans un de ses principaux établissements charitables. » Dès le 2 décembre 1845, Lacave réitérait auprès du préfet « la prière de vouloir bien provoquer une prompte décision ». Il avait en fait trouvé l’argument juridique indiscutable pour vaincre toute résistance ministérielle. La condition suspensive d’entier démantèlement du vieil Hôtel-Dieu à la délivrance de la subvention départementale de 75 000 francs, énoncée par les conseillers généraux du Loiret dans leur délibération du 31 août 1844, avait été tacitement approuvée par la loi du 15 juillet 1845 qui autorisait le département à s’imposer extraordinairement [126]. Le pouvoir législatif s’était prononcé pour avaliser une démolition vainement contestée par une simple commission administrative. Le maire d’Orléans concluait : « Il ne peut plus y avoir de motif de s’opposer à une démolition qui est vivement désirée par toute la population de la ville et qui entre dans l’exécution d’un projet adopté à deux reprises différentes par le conseil général du département et le conseil municipal d’Orléans et sanctionnée implicitement par la loi précitée [127] ».

34Le préfet Valet de Villeneuve ne ménagea aucun effort pour convaincre son ministre de tutelle : une lettre pressante du 25 octobre 1845 [128], rappelant le « grave embarras » des administrations orléanaises après l’« obstacle insurmontable » créé par le classement de la salle Saint-Lazare, précéda une audience accordée au début du mois de décembre. Duchâtel promit de reconsidérer la question. Le maire et les conseillers municipaux d’Orléans lancèrent la menace d’une démission collective. Comme l’écrivait Valet de Villeneuve, une « question d’art » avait dégénéré en « affaire politique » : « J’ose vous prier, Monsieur le ministre, de m’envoyer, le plus promptement possible, l’autorisation que vous avez eu la bonté de me promettre ». Duchâtel nota à l’attention de son directeur des Beaux-Arts Cavé sur la lettre de son préfet : « M. Cavé. Donner l’autorisation. J’ai discuté l’affaire avec M. Vitet. On ne peut contrarier le vœu de la ville et du Conseil Gal [129]. » La Commission des monuments historiques avait admis, par la plume de Mérimée dans un rapport du 30 octobre 1845, son échec et son impuissance relative : « Le rapporteur ne peut que rappeler les conclusions de sa lettre du 7 août 1845. Ce qui reste de l’ancien Hôtel-Dieu est inté-ressant et mérite d’être conservé. Il y a de l’absurdité à démolir un édifice qui pourrait recevoir une destination utile et qui ne nuit en aucune façon par son voisinage à la cathédrale d’Orléans. Tout cela a été dit à MM. les membres du conseil municipal mais il est évident qu’on ne peut convaincre des gens qui sont déterminés à ne rien entendre, et qu’il est inutile de traiter une question d’art devant un conseil qui sacrifie un bel et noble édifice à un alignement ridicule. Il ne s’agit plus que de voir si le ministre peut avec ses seules ressources conserver un monument que toute une ville voudrait renverser. (...) En avertissant le conseil municipal, en retardant la démolition de la salle St Lazare, en laissant aux Orléanais du temps pour se repentir et pour reconnaître les erreurs d’un système d’alignement adopté, le ministre paraît avoir fait tout ce qui lui était possible. Il ne lui reste plus qu’à protester une dernière fois contre un acte de vandalisme, et enfin à ne céder que lorsqu’il se trouvera placé entre l’obligation de conserver à ses frais la salle St Lazare, et celle de la laisser détruire [130]. »

Le renoncement de l’État

35Le ministre de l’Intérieur annonça son renoncement à la fin du mois de janvier 1846 : « Monsieur le Préfet, j’autorise la démolition de la salle St-Lazare dépendant de l’ancien Hôtel-Dieu à Orléans aux conditions insérées dans le cahier des charges qui contient les réserves suivantes, ainsi que vous me l’avez fait connaître par votre lettre du 27 février 1845. Sont réservées à la ville : 1er la porte en pierre de taille extérieure de la salle St Lazare du côté des tours de Ste Croix, cotée C, laquelle salle fait partie du 2e lot teinté en jaune; 2e les chapiteaux et colonnes supportant le plancher de cette même salle; 3e l’encadrement complet de la porte de l’escalier tournant près l’appartement de Madame la Supérieure. L’adjudicataire prendra, sous la direction du voyer, les mesures nécessaires pour que, lors de la démolition, ces objets réservés soient conservés avec le plus grand soin [131]. » L’Orléanais annonçait la nouvelledans sonédition du 4 février 1846; c’était encore l’occasion de stigmatiser la Commission des monuments historiques : « Nous apprenons que, malgré l’opposition de M. Mérimée et de quelques autres membres parisiens de la commission des monuments historiques, le ministre de l’Intérieur vient enfin d’autoriser la démolition de la salle Saint-Lazare, dépendant de l’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans [132]. »

36L’adjudication intervint le 15 avril 1846. Les sieurs Girault et Vénot, entrepreneurs de bâtiments, emportèrent la démolition de la salle Saint-Lazare au prix de 11 000 francs, soit 5 000 francs au-dessous du plancher fixé par l’expertise. La préfecture avalisa une réduction de moitié du minimum pour valider la cession [133]. Le Journal du Loiret, faussement dépité, commentait : « il est probable qu’on eût obtenu un meilleur prix si les travaux eussent été plus actifs en ce moment, et surtout si les adjudicataires n’eussent pas été grevés de la condition de démolir et transporter les parties architecturales [134]. » Girault et Vénot avaient l’obligation de raser le bâtiment au niveau du sol à la Toussaint; tout devait être déblayé avant le 1er janvier 1848 [135]. Les opérations débutèrent vers le 8 août 1846 [136]. Guilhermy témoigne qu’en septembre 1848, « il ne restait pas pierre sur pierre des bâtiments de l’hôtel-Dieu » [137].

37L’Hôtel-Dieu d’Orléans ne tomba pas sans bruit ni émotion. L’antagonisme de plus en plus vif entre les administrations locales et la Commission des monuments historiques donna matière à une polémique passionnée dont l’opinion publique, orléanaise et nationale, restait l’enjeu décisif. Quand Didron signalait l’affaire aux lecteurs de ses Annales archéologiques en septembre 1845, encore ignorant des données réelles de la question, il semblait confiant dans le sauvetage du bâtiment abritant la salle Saint-Lazare : « Tous paraissant s’y prêter de bonne grâce, gouvernement et administration locale, nous espérons qu’on pourra sauver et consolider la salle Saint-Lazare [138] ». Le discours était tout autre quelques semaines plus tard lorsqu’il livrait à ses lecteurs la lettre d’un ami, résident orléanais ou en visite dans la capitale du Loiret : « Nous n’avons pas encore vu Orléans; car il nous répugne, disons le mot, de visiter les villes qui saccagent sans regret et souvent même sans nécessité, ce qui peut leur rester de monuments historiques. » La missive du correspondant anonyme dénonçait sans ménagement un attentat culturel : « Mon cher ami, si vous voulez, non pas empêcher mais constater un grand crime contre l’histoire et contre l’art, qu’il vous appartient de flétrir et de châtier, prenez le chemin de fer et courez à Orléans. Regardez l’Hôtel-Dieu qu’on détruit en ce moment, à côté de la cathédrale qu’on restaure, vous savez comment. (...) Mais allez vite, car dans huit jours il n’en restera rien. (...) Cela vous coûtera vingt francs et un jour de fatigue; mais ce n’est pas trop pour vérifier et qualifier un attentat bien autrement monstrueux que la dévastation des Bernardins de Paris [139] ».

38Le comte de Montalembert prenait l’affaire à son compte au début de l’année 1846. Il ne mâcha pas ses mots lors de la séance tenue à Paris le 21 janvier par le conseil de la Société française pour la conservation des monuments. Après avoir signalé la disparition de l’Hôtel-Dieu d’Orléans, acte de vandalisme motivé par une stupide prétention de mieux comprendre les beautés de l’église cathédrale, en l’isolant et la plaçant « au milieu d’une espèce de plaine aride plus ou moins régulièrement pavée », il stigmatisait « les départements, les conseils municipaux dévastateurs ou réparateurs [qui] peuvent être assimilés aux hommes du XVIIIe siècle qui trouvaient l’art ogival barbare » [140]. Trois jours plus tard il annonçait à ses collègues du Comité des arts et monuments la démolition presque complète de l’Hôtel-Dieu d’Orléans et formulait des craintes pour la préservation de « la principale salle encore debout ». Ce fut l’occasion pour lui de regretter officiellement l’imperfection de la législation française de protection du patrimoine historique : « Il y a évidemment dans l’administration appliquée aux monuments un vice capital, puisqu’on ne peut prévenir tant de destructions [141] ». Victor Hugo joignit sa voix à celle de son collègue de la Chambre des pairs le 7 février suivant pour réclamer la dénonciation publique des agissements des assemblées locales orléanaises [142].

39Mérimée porta l’estocade dans son rapport d’inspecteur général des monuments historiques du 15 mai 1846, bientôt publié dans le Moniteur universel[143], repris par la Revue archéologique[144]. Son propos était dénué d’ambiguïté : « C’est cependant le spectacle que vient de donner le conseil municipal d’Orléans en faisant démolir l’ancien Hôtel-Dieu de cette ville, que l’administration supérieure aurait acquis si les prétentions de la ville ne l’eût fait renoncer à ce désir de conserver un édifice dont l’architecture si élégante et les dispositions vastes et commodes permettaient de lui donner une destination utile. Le prétexte de cette démolition était le besoin de faire une place autour de la cathédrale, ce qu’on aurait pu faire dans des proportions convenables, comme l’avait représenté la Commission, sans rien abattre. Voilà donc la ville d’Orléans dotée d’une espèce de plaine pavée au lieu d’un monument qui était un de ses plus beaux ornements; et, pour mettre le comble au mauvais goût, et par un rare oubli des convenances, cette place met en regard la salle de spectacle et la cathédrale. » Mérimée maniait efficacement l’arme médiatique. Il la recommandait quelques mois plus tard à son ami Requien en butte avec le Conseil municipal d’Avignon : « Vous avez une admirable invention au moyen de laquelle on vient à bout de monstres bien plus durs à cuire que ceux que dompta feu Hercule. C’est la Presse. Il n’y a pas de maire, voire de ministre qui n’y laisse des plumes, quand on a surtout le bon droit. (...) Lorsque nous avons été obligés de renoncer à la chapelle de l’hôpital d’Orléans (sic), j’ai pris soin que MM. du conseil municipal eussent leur paquet, et le brevet d’imbéciles que je leur ai délivré leur a été visé par le respectable public, qui après tout a plus de bon sens qu’on ne le suppose [145] ».

40Le malaise engendré à Orléans dans les cénacles d’« antiquaires » par cette campagne de dénigrement se perçoit bien à la lecture du procèsverbal de la séance tenue à la fin de 1846 par la Société française pour la conservation des monuments historiques dans la préfecture du Loiret. L’abbé de Torquat, invité par Caumont à donner une indication sommaire des édifices départementaux dignes d’intérêt, resta silencieux sur le sort de l’Hôtel-Dieu [146].

41Le comte de Montalembert donna avec son discours du 26 juillet 1847 à la tribune de la Chambre des pairs un épilogue éloquent au scandale public. Il conféra à la ville d’Orléans, pour la démolition de son Hôtel-Dieu, la palme du vandalisme municipal tout en déplorant l’impuissance préservatrice de l’État. Ouvrons le Moniteur universel : « J’aurais encore beaucoup d’autres choses à dire sur le vandalisme parisien; mais je vous en fais grâce pour arriver à une ville qui, comme je le disais tout à l’heure, est plus vandale que celle de Paris : c’est la ville d’Orléans. Ici M. le ministre a été réellement coupable. La ville d’Orléans avait à côté de sa cathédrale, dont elle est si fière, et qui est fort peu de chose, un monument bien plus remarquable, l’Hôtel-Dieu. (...) Le croiriez-vous, messieurs ? la ville d’Orléans n’a eu ni paix ni repose jusqu’à ce qu’elle ait renversé cet admirable édifice, sous prétexte de déblayer les abords de sa piteuse cathé-drale. (...) Or l’État, dans la personne du ministre de l’Intérieur, n’a pas eu le courage de dire à cet acte de vandalisme : « non, je ne le veux pas; mais il a eu du moins le courage et la bonne pensée de vouloir acheter l’édifice menacé. Cette malheureuse ville n’a pas même voulu consentir à ce moyen terme [147] ».

42Faut-il interpréter l’obstination des édiles orléanais, et du premier d’entre eux, à tout contrarier, comme une réaction à cette campagne d’opinion ? Quand la Commission des monuments historiques sollicita l’expédition à Paris, aux frais de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans [148], des débris architecturaux sauvegardés, dans le dessein de les présenter dans la cour de l’É cole des Beaux-Arts où ils seraient allés retrouver les dépouilles des hôtels parisiens Torpanne et Legendre [149], l’administration municipale répliqua par un refus [150]. Duchâtel demanda alors au préfet de négocier l’acquisition onéreuse avec le maire d’Orléans, pour placer les fragments « dans une collection d’objets d’art » [151]. Une fin de non-recevoir conclut la démarche ministérielle : Orléans conservait les débris du monument historique mis à bas. Le portail qui ouvrait sur la salle Saint-Lazare fut transporté et remonté à l’envers du porche de l’hôtel des Créneaux, place de la République [152]. Deux grandes colonnes avec chapiteau et la petite porte de la tourelle d’escalier vinrent décorer la petite cour de l’hôtel Cabu, siège du musée historique et archéologique de l’Orléanais [153], où ils sont encore visibles; le reste trouva sa dernière demeure dans les réserves municipales d’où personne ne semble préoccupé de les sortir. Les vestiges des monuments abolis n’intéressent guère nos contemporains [154].

Notes

  • [1]
    Louis Réau, Histoire du vandalisme. Les monuments détruits de l’art français, édition augmentée par Michel Fleury et Guy-Michel Leproux, Paris, Robert Laffont, 1994, in-8o.
  • [2]
    Paul Léon, La vie des monuments français, Paris, Picard, 1951, p. 134-137.
  • [3]
    Léon de Buzonnière, Histoire architecturale d’Orléans, Paris, Orléans, 1849, tome II, p. 191.
  • [4]
    Ferdinand de Guilhermy, « Archéologie laïque », Annales archéologiques, tome XIX, 1859, p. 267.
  • [5]
    Paris, Bance, tome VI, 1863, p. 112, verbum Hôtel-Dieu.
  • [6]
    Aymar Verdier et F. Cattois, Architecture civile et domestique au Moyen Âge et à la Renaissance, Paris, Librairie archéologique de Victor Didron, 1855, tome II, p. 151.
  • [7]
    Dans son mémoire de maîtrise soutenu à l’université d’Orléans en 1987, L’Hôtel-Dieu d’Orléans du début du XIXe siècle à 1844 (dactyl., in-4o, 147 p.), Mlle Sabine Montmayeur ne traite point la question. Elle est en revanche évoquée par Laurence Boivin, L’Hôtel-Dieu d’Orléans de 1844 à 1871, mémoire de maîtrise, université d’Orléans, 1996, p. 9-14.
  • [8]
    « On le constate aujourd’hui. La préservation des monuments anciens est d’abord une mentalité » (Françoise Choay, L’allégorie du patrimoine, Paris, Le Seuil, 1992, p. 115).
  • [9]
    L’antagonisme entre Paris et la province est l’un des grands obstacles, proprement français, de la consécration du monument historique (Françoise Choay, L’allégorie du patrimoine, op. cit., p. 116; Paul Verdier, « Le service des monuments historiques. Son histoire, organisation. Administration. Législation (1830-1934) », Congrès archéologique de France. XCVIIe session tenue à Paris en 1934, Paris, Picard, 1936, p. 70; Paul Léon, La vie des monuments français..., op. cit., p. 134).
  • [10]
    Abbé Claude-François Bellu, Les Archives de la Charité. É phémérides religieuses des hospices d’Orléans, Gien, Th. Clément, 1854, p. 168.
  • [11]
    Antoine de Foulques de Villaret, « Recherches historiques sur l’ancien chapitre cathédral de l’église d’Orléans de son origine au XVIe siècle », Mémoires de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, tome XIX, 1883, p. 544.
  • [12]
    Pierre Bouvier, « É tude sur l’Hôtel-Dieu d’Orléans au Moyen  ge et au XVIe siècle », Mém. Soc. arch. et hist. Orléanais, tome XXXIV, 1913, p. 257.
  • [13]
    Emmanuel de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », Annuaire du département du Loiret, 1846, p. 437.
  • [14]
    Charles Tollet, Les édifices hospitaliers depuis leur origine jusqu’à nos jours..., Paris, s. n., 1892, p. 133.
  • [15]
    Abbé C.-F. Bellu, Les Archives de la Charité..., op. cit., p. 232.
  • [16]
    P. Bouvier, « É tude sur l’Hôtel-Dieu d’Orléans au Moyen  ge et au XVIe siècle », op. cit., p. 265.
  • [17]
    Pierre Lesueur, « Le mythe de Charles Viart architecte de la Renaissance », Bulletin monumental, 1926, p. 330.
  • [18]
    P. Bouvier, « É tude sur l’Hôtel-Dieu d’Orléans... », op. cit., p. 267-268.
  • [19]
    Ibidem, p. 269.
  • [20]
    Ibidem, p. 274.
  • [21]
    Voir également Abbé E. de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 442.
  • [22]
    Georges Chénesseau, Sainte Croix d’Orléans. Histoire d’une cathédrale gothique réédifiée par les Bourbons 1599-1829, Paris, Champion, 1921, tome I, p. 257.
  • [23]
    Charles François Vergnaud-Romagnési, Histoire de la ville d’Orléans, de ses édifices, monumens, établissemens publics etc., avec plans et lithographies, Orléans, Imprimerie de Rouzeau-Montaut, 1830, p. 350; Abbé E. de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 437 ; abbé Patron, Recherches historiques sur l’Orléanais, Orléans, Herluison, Blancard, Vaudecraine, 1870, tome I, p. 209.
  • [24]
    Abbé G. Chénesseau, Sainte Croix d’Orléans..., op. cit., p. 258.
  • [25]
    E. de Torquat, « Un souvenir donné au vieil Hôtel-Dieu », Revue orléanaise, tome I, 1847, p. 130.
  • [26]
    L. de Buzonnière, Histoire architecturale d’Orléans, op. cit., tome II, p. 194; E. de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 437.
  • [27]
    Abbé G. Chénesseau, Sainte-Croix d’Orléans..., op. cit., p. 260.
  • [28]
    D.T. Emmanuel [Emmanuel de Torquat], Quatre jours dans Orléans ou description simple, historique et archéologique de la Ville et de ses environs; des É tablissements civils et religieux, des Monuments anciens et modernes, et des Maisons remarquables, etc., etc., Orléans, Gatineau, 1845, p. 29.
  • [29]
    E. de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 436.
  • [30]
    Archives de la Commission des monuments historiques publiés par ordre de Son Excellence M. Achille Fould ministre d’État, vol. 4 : Renaissance. Architecture civile. É difices civils et habitations privées de la ville d’Orléans, Paris, Gide et J. Baudry, 1855-1872, p. 36. C’est nous qui soulignons.
  • [31]
    E. de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 439.
  • [32]
    L. de Buzonnière, Histoire architecturale d’Orléans, op. cit., tome II, p. 202-203.
  • [33]
    Ibidem, tome II, p. 196.
  • [34]
    Archives de la Commission des monuments historiques..., op. cit., p. 37 ; abbé E. de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 440.
  • [35]
    P. Bouvier, « É tude sur l’Hôtel-Dieu d’Orléans... », op. cit., p. 275, note 1.
  • [36]
    L. de Buzonnière en donne la plus précise description aux pages 198-202 du tome second de son Histoire architecturale d’Orléans.
  • [37]
    Archives municipales d’Orléans, registre G.F. 529, fol. 144.
  • [38]
    Charles Cuissard a publié le mémoire présenté en 1769 par le bureau de l’Hôtel-Dieu à l’évêque d’Orléans dans « Les chartes originales de l’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », Mém. Soc. arch. et hist. Orléanais, tome 28,1902, p. 277.
  • [39]
    Inventaire sommairedes archives départementales antérieures à 1790 rédigé par MM. Camille Bloch et Jacques Soyer, archivistes. Loiret. Archives civiles. Série C. Administration provinciale. Tome I : Intendance de la généralité d’Orléans et assemblée provinciale de l’Orléanais, Orléans, Imprimerie Paul Pigelet et fils, 1927, p. 240, carton C 854 : Mémoires et correspondance concernant les projets de translation de l’Hôtel-Dieu hors du centre de la ville [1769-1770]. Ce carton a disparu dans l’incendie du dépôt des archives du Loiret en 1940.
  • [40]
    Ville d’Orléans. Inventaire sommaire des archives antérieures à 1790 rédigé par Paul du Verdier du Muraud, François Bonnardot, Jules Rinasson, Jules Doinel, Camille Bloch et Jacques Soyer, Orléans, 1907, tome 1er, p. 4. Le registre AA 16, copie des lettres des maires et échevins d’Orléans, a été détruit dans les incendies de 1940.
  • [41]
    Cette démarche est évoquée par le conseiller municipal orléanais Dequoy dans son rapport à ses collègues lors des discussions engagées sous la monarchie de Juillet (A. M. Orléans, G.F. 528, séance du 4 août 1838).
  • [42]
    Archives nationales, F15 227. Une minute de rapport non daté titré « Projet de réunion de l’Hôtel-Dieu d’Orléans à l’hôpital général de la même ville », indique : « Cette réunion est demandée par les officiers municipaux, elle est désirée par M. le duc d’Orléans, M. l’évêque, les officiers du bailliage, et la majeure partie de habitants. (...) Ce projet offre tous les avantages qu’on peut désirer. Les pauvres malades auront un local plus sain, et ils seront infiniment mieux soignés et en plus grand nombre. »
  • [43]
    Ch. Cuissard, « Les chartes originales de l’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 277.
  • [44]
    « La loi sur les alignements, mais aussi la volonté d’embellir les villes et de créer des places autour des grands édifices, furent particulièrement funestes aux quartiers anciens » (Françoise Bercé, Des monuments historiques au patrimoine du XVIIIe siècle à nos jours ou « les égarements du cœur et de l’esprit », Paris, Flammarion, 2000, p. 27). Voir également Pierre Pinon, Paris, biographie d’une capitale, Paris, Hazan, 1999, p. 263.
  • [45]
    Marc Lauro, « Les hôpitaux parisiens à la fin du XVIIIe siècle », dans Michel Le Moël, L’urbanisme parisien au siècle des Lumières, Paris, Délégation à l’Action artistique de la ville de Paris, 1997, p. 113-122.
  • [46]
    Michel Foucault, « L’incorporation de l’hôpital dans la technologie moderne », dans Dits et écrits 1954-1988, tome III : 1976-1979, édition établie sous la direction de Daniel Defert et François Ewald avec la collaboration de François Lagrange, Paris, Gallimard, 1994, p. 508.
  • [47]
    Ibidem, p. 517.
  • [48]
    M. Foucault, « La politique de santé au XVIIIe siècle », dans Dits et écrits 1954-1988, tome III : 1976-1979, op. cit., p. 734.
  • [49]
    Ibidem, p. 736.
  • [50]
    A.M. Orléans, 3 Q 46, lettre du maire et des officiers municipaux d’Orléans au procureur syndic du district d’Orléans, Orléans le 10 avril 1791.
  • [51]
    Ibidem.
  • [52]
    La carence des registres de procès-verbaux de délibérations du conseil municipal pour ces années nuit à la précise évocation des discussions engagées sous l’Empire.
  • [53]
    A.M. Orléans, 3 Q 46. Le rapport a été imprimé sous le titre de Observations sur le projet de translation de l’Hôtel-Dieu d’Orléans; par un membre du conseil municipal (1807).
  • [54]
    On ne peut être plus précis à défaut de conservation des registres des délibérations du conseil municipal d’Orléans sous l’Empire. Il semble que la trop grande proximité de la Loire contribua à l’échec de ce projet (Laurence Boivin, L’hôtel-Dieu..., op. cit., p. 7).
  • [55]
    François Pagot, né à Orléans le 31 octobre 1780, mort à Orléans le 4 décembre 1844.
  • [56]
    Jacques Pelletier, « Les aménagements des abords de la cathédrale d’Orléans », Bull. Soc. arch. et hist. Orléanais, nouv. série, tome XIV, no 117, décembre 1997, p. 26-27.
  • [57]
    A.N., F21 * 2496, p. 109, no 453.
  • [58]
    C.F. Vergnaud-Romagnési, Histoire de la Ville d’Orléans..., op. cit., p. 179-180.
  • [59]
    Archives départementales du Loiret, X 1006.
  • [60]
    Prosper Jollois, polytechnicien et ancien élève des Ponts et Chaussées était chargé du service du département du Loiret depuis le 1er avril 1823 (A. N., F14 2248/1, dossier personnel). « Il sera présent à Orléans de 1822 (sic) à 1830 et sera l’initiateur de l’archéologie scientifique dans le Loiret » (Jacques Debal, Orléans une ville une histoire, tome II : de 1598 à 1998, Orléans, X-Nova, 1998, p. 104).
  • [61]
    A.M. Orléans, G.F. 525, fol. 35 vo.
  • [62]
    Ibidem, ff. 37 vo et 38 ro.
  • [63]
    Ibidem, ff. 44 vo -47 vo.
  • [64]
    « M. l’ingénieur dont le zèle et les intentions bienveillantes pour notre ville, sont connues de nous tous a bien voulu s’occuper lui-même de ce long travail en prenant des renseignements auprès des divers entrepreneurs et en se faisant seconder par un collaborateur pour s’assurer de l’exactitude de ses calculs. Cette opération est rassurante pour le conseil, puisqu’elle le met dans le cas de se former une idée juste de la dépense s’il vote l’adoption de ce plan » (A.M. Orléans, G.F. 525, fol. 46 r).
  • [65]
    « La réception des travaux aura lieu le 1er janvier 1833. Il ne sera dû d’intérêts à l’entrepreneur qu’à dater de l’époque de la réception; ils seront comptés à 5 %. À la fin de 1833, il lui sera remis sur le produit des matériaux de l’Hôtel-Dieu actuel 50 000 f. et sur le prix des terrains restants de l’Hôtel-Dieu actuel ainsi que du jardin situé vis-à-vis 80 000 f. Il resta à l’entrepreneur à la fin de 1833 la somme de 271 500 f. En 1843, la Ville commencera la liquidation de cette dette par des payements annuels de 40 000 f. à prendre sur ses fonds disponibles alors, résultant surtout du produit de l’abattoir et de la halle et de l’acquittement du quartier général » (Ibidem, fol. 47 ro ).
  • [66]
    A.D. Loiret, X 1006.
  • [67]
    Archives parlementaires, 2e série, tome LXII, Tables chronologique et alphabétique des tomes XV à LXI, Paris, 1886.
  • [68]
    C.F. Vergnaud-Romagnési, Histoire de la Ville d’Orléans..., op. cit., p. 351.
  • [69]
    M. Besnard, l’un de ses membres, Construction d’un nouvel Hôtel-Dieu. Proposition faite au conseil municipal dans sa séance du 2 novembre 1836, Orléans, Impr. Alexandre Jacob, 1836, in-8o, 15 p. Une copie manuscrite de cette brochure se trouve aux A. M. Orléans en 3 Q 46.
  • [70]
    A.M. Orléans, G.F. 528, fol. 138 ro, rapport de Dequoy au nom de la commission chargée de l’examen de la proposition de Besnard au conseil municipal d’Orléans, 9 août 1838.
  • [71]
    La commission se composait de Besnard, Lacave, Beaudeduit, Sevin, Légier et Pelletier.
  • [72]
    A.M. Orléans, G.F. 527, fol. 276 ro.
  • [73]
    Ibidem, fol. 273 ro.
  • [74]
    Il apporte un argument supplémentaire en évoquant le prix de journée exorbitant de l’Hôtel-Dieu (A.M. Orléans, G.F. 528, fol. 137 vo ).
  • [75]
    Ibidem, fol. 141 ro.
  • [76]
    Ibidem, fol. 169 vo
  • [77]
    A.M. Orléans, registre G.F. 529, fol. 76.
  • [78]
    Ibidem, fol. 144.
  • [79]
    Ibidem, fol. 348.
  • [80]
    Charles François Vergnaud, né à Orléans le 2 mai 1785, décédé à Orléans le 12 décembre 1870 à son domicile du 32, rue Jeanne d’Arc. Fils de Benoît Charles, négociant, et de Marie Sophie Geneviève Faissolles, il épousa Françoise Angélique Sophie Romagnési (A.M. Orléans, 1 Mi E.C. 234 D fol. 151 vo; 1 Mi E 234 décès no 2303).
  • [81]
    A.M. Orléans, 3 Q 46, rapport du commissaire Baudry, 29 juillet 1839.
  • [82]
    A.N., F1a 1467, ordonnance royale du 26 novembre 1839, no 1493.
  • [83]
    Né à Gidy le 5 septembre 1786, Aimé Pierre Honoré Sevin-Moreau exerça les fonctions de substitut du procureur d’Orléans. Il quitta la magistrature pour le commerce. Maire d’Orléans de 1838 à septembre 1843, il quitta la vie politique avant les élections législatives de 1846. Il mourut à Orléans le 18 juillet 1868 (Arch. nat., F1b II Loiret 13 ; Cougny et Robert, Dictionnaire des parlementaires français, Paris, Bourloton, tome V, 1891, p. 313 ; Jean Goueffon, « Les députés du Loiret sous la monarchie de Juillet », L’Information historique, 1969, no 3, p. 124-130).
  • [84]
    Abbé L. Gaillard, « Histoire des établissements hospitaliers... », op. cit., p. 29.
  • [85]
    Sur Léon Vaudoyer (1803-1872), voir Louis Hautecœur, Histoire de l’architecture classique en France, tome VI, Paris, Picard, 1955, p. 262-273, et surtout Barry Bergdoll, Léon Vaudoyer. Historicism in the age of industry, New York, Cambridge et Londres, the MIT Press, 1994, in-8o, VIII-349 p.
  • [86]
    Vaudoyer avait été chargé de dessiner les vieilles maisons d’Orléans et Blois (B. Bergdoll, Léon Vaudoyer..., op. cit., p. 138). Ces dessins ont été pour partie édités aux planches 27,28 et 29 des Archives de la Commission des monuments historiques publiées par ordre de Son Excellence M. Achille Fould ministre d’État, vol. 4 : Renaissance. Architecture civile. É difices civils et habitations privées de la Ville d’Orléans, Paris, Gide et J. Baudry, 1855-1872.
  • [87]
    Né à Paris, Charles Lenormant, issu d’une famille orléanaise, conservait un attachement tout particulier pour la préfecture du Loiret. Dès sa création, la Société archéologique de l’Orléanais lui conférait le titre de membre honoraire (Bull. Soc. arch. et hist. Orléanais, tome I, no 1-15,1848-1853, p. 18).
  • [88]
    F. Bercé, Les premiers travaux de la commission des monuments historiques 1837-1848, Procès-verbaux et relevés d’architectes, Paris, Picard, 1979, p. 278.
  • [89]
    Médiathèque du Patrimoine (M. P.), 81 /45/154, carton 51.
  • [90]
    MP, 81 /45/154, carton 51, minute de la main de Lenormant. C’est nous qui soulignons. Les Archives départementales du Loiret conservent la lettre sous la signature ministérielle (10 T 26).
  • [91]
    Henry Léonce Vallet de Villeneuve, né à Paris le 14 janvier 1801, mort au château des Roches (Indre) le 16 juin 1866. Nommé préfet du Loiret le 6 janvier 1843, il avait été installé à Orléans le 8 mars suivant (Voir François Pinaud et autres, Les préfets du 11 ventôse an VIII au 4 septembre 1870. Répertoire nominatif et territorial, Paris, Archives nationales, 1981, p. 295).
  • [92]
    Louis Henri Hippolyte Lacave (1792-1858) entra à l’É cole polytechnique en 1810. Une ordonnance royale du 2 octobre 1830 l’appela au conseil municipal d’Orléans. Il fut promu ingénieur en chef du département de l’Indre le 15 septembre 1841 où il demeurait jusqu’en avril 1843, date de son placement dans le cadre de réserve. Il fut élu député sur la liste monarchiste du Loiret en mai 1849 (A.N., F1b II Loiret 13, F14 22511, LH 1422/6; A.M. Orléans, 1 Mi E 369 décès 1858).
  • [93]
    Bull. Soc. arch. et hist. Orléanais, tome I, 1848-1849, no 1, p. 1.
  • [94]
    Ibidem, p. 10 et 35.
  • [95]
    A.D. Loiret, 10 T 26.
  • [96]
    C’est nous qui soulignons.
  • [97]
    MP, 81 /45/154, carton 51, lettre du 27 mars 1841.
  • [98]
    Ibidem, 81 /45/154, carton 51.
  • [99]
    « Il ne sera pas hors de propos de rappeler en même temps, le maire d’Orléans à un langage plus convenable, lorsqu’il s’agit d’apprécier un avis émis par les hommes les plus compétents, choisis spécialement par le ministre, et dont la sévérité est inspirée par l’intérêt le plus réel en faveur de la ville d’Orléans. Les administrateurs qui, au milieu du progrès général des idées, loin de déplorer les erreurs graves commises par leurs prédécesseurs s’attachent au contraire à les justifier, assument une grave responsabilité; la commission ne peut accepter, par son silence, les étranges allégations de M. le maire d’Orléans. »
  • [100]
    A.D. Loiret, 10 T 26.
  • [101]
    F. Bercé, Les premiers travaux de la commission..., op. cit., p. 328.
  • [102]
    Prosper Mérimée, Correspondance générale, Paris, Le Divan, tome IV, 1945, p. 142-143, lettre à Hippolyte Royer-Collard, 22 août 1844.
  • [103]
    F. Bercé, « Les enjeux et les contradictions de l’archéologie et de la politique sous la monarchie de Juillet et le Second Empire », dans Antonia Fonyi, Prosper Mérimée écrivain, archéologue, historien, Genève, Droz, 1999, p. 13. L’auteur cite une lettre datée de Loches le 7 août 1845, conservée à la Médiathèque du Patrimoine, dans le dossier « Loiret, Orléans, cathé-drale Sainte-Croix ».
  • [104]
    Sur le Conseil général du Loiret sous la monarchie de Juillet, voir le mémoire de DES inédit de Jeanne Monneret, préparé sous la direction de Charles-H. Pouthas (Université de Paris-Sorbonne, 1956,121 p. dactyl.). Mme Monneret indique l’apport de 100 000 francs du conseil général à la construction du nouvel Hôtel-Dieu (p. 74).
  • [105]
    MP, 81 /45/154 carton 51, minute de lettre, 30 août 1844.
  • [106]
    Le préfet ne l’adresse au ministère de l’Intérieur que le 31 octobre 1844 (A.D. Loiret, 10 T 26).
  • [107]
    Journal du Loiret, no 95,27 novembre 1844, p. 2.
  • [108]
    Discours prononcé par M. le maire d’Orléans, à l’occasion de l’inauguration du nouvel Hôtel-Dieu, le 26 novembre 1844, Orléans, s.d., 4 pages in-8o.
  • [109]
    Journal du Loiret, no 95,27 novembre 1844, p. 2.
  • [110]
    Abbé L. Gaillard, « Histoire des établissements hospitaliers... », op. cit., p. 29
  • [111]
    A.M. Orléans, registre G.F. 533, fol. 184.
  • [112]
    A.M. Orléans, 3 Q 46, minute de lettre du maire au préfet.
  • [113]
    Ibidem, cahier des charges signé Lacave, 19 février 1845. Le maire avait spécifié dans la lettre de mission de l’architecte-voyer en date du 20 janvier 1845 que la Ville se réservait les quelques éléments architecturaux spécifiés par l’article 4 dudit cahier des charges.
  • [114]
    Lenormant proposait et une affectation et un aménagement pour le bâtiment sauvegardé dans son rapport à la Commission des monuments historiques du 14 février 1845 : « Parmi les destinations qu’on pourrait donner à cet édifice, celle qui la rangerait parmi les dépendances de la cathédrale doit être préférée. La grande salle de l’aumône est tout à fait propre à l’usage du catéchisme et des autres réunions pieuses : la salle supérieure serait facilement transformée en salle capitulaire, bibliothèque du chapitre etc. (...) »; MP, 81 /45/154 carton 51.
  • [115]
    A.D. Loiret, 10 T 26. La lettre du ministre reprenait les termes du rapport de Lenormant à la Commission des monuments historiques du 14 février 1845.
  • [116]
    Ibidem, 10 T 26. Minute de lettre du préfet au ministre de l’Intérieur, Orléans le 18 mars 1845.
  • [117]
    MP, 81 /45/154 carton 51, lettre de Léon Vaudoyer au ministre de l’Intérieur, Paris le 16 juillet 1845.
  • [118]
    « On a trouvé la semaine dernière dans les fondations du vieil Hôtel-Dieu, plusieurs médailles – assez précieuses, nous assure-t-on, du XIIIe siècle » (L’Orléanais, no 97,3 décembre 1845, p. 2).
  • [119]
    Journal du Loiret, 4 octobre 1845, no 80, p. 2; 8 octobre 1845, no 81, p. 2; 11 octobre 1845, no 82, p. 3.
  • [120]
    Abbé E. de Torquat, « L’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans », op. cit., p. 436-437.
  • [121]
    C.F. Vergnaud-Romagnési, « Mémoire sur les antiquités découvertes en 1846 à Orléans, dans les fondations de l’ancien Hôtel-Dieu et de la Porte Parisis », Revue orléanaise, 1847, p. 363-366.
  • [122]
    MP, 81 /45/154 carton 51, lettre du maire d’Orléans au préfet, Orléans le 15 mars 1845.
  • [123]
    A.D. Loiret, 10 T 26, lettre du préfet du Loiret au ministre de l’Intérieur, Orléans, le 11 août 1845.
  • [124]
    MP, 81 /45/154 carton 51, lettre de Léon Vaudoyer au ministre de l’Intérieur, Paris le 16 juillet 1845.
  • [125]
    Ce quatrième pavillon était consacré aux maladies syphilitiques.
  • [126]
    Bulletin des lois du royaume de France, 2e semestre 1845, tome 31, Paris, Imprimerie royale, février 1846, no 1221, p. 181.
  • [127]
    C’est nous qui soulignons.
  • [128]
    « Je m’empresse, Monsieur le Ministre, de vous transmettre leurs vœux, et je prends la liberté d’insister auprès de Votre Excellence, pour qu’elle veuille bien autoriser, dans le plus bref délai possible, la démolition de la salle qui fait l’objet de la discussion à laquelle il devient si urgent de mettre un terme » (MP, 81 /45/154, carton 51 ).
  • [129]
    Ibidem, lettre « confidentielle » du préfet du Loiret au ministre de l’Intérieur, Orléans, le 23 décembre 1845.
  • [130]
    Ibidem, rapport de Mérimée à la Commission des monuments historiques, 30 octobre1845.
  • [131]
    A.D. Loiret, 10 T 26, lettre du 28 janvier 1845. L’abbé Patron impute à tort la sauvegarde de « quelques débris de colonnes et du portail du précieux monument » au conseil municipal (Recherches historiques..., op. cit., p. 209).
  • [132]
    Journal légitimiste fondé en février 1831.
  • [133]
    A.M. Orléans, 3 Q 46, un conseiller de préfecture, pour le préfet en tournée, au maire d’Orléans, le 25 avril 1846.
  • [134]
    Journal du Loiret, no 32,22 avril 1846, p. 3.
  • [135]
    M. de Tristan fit l’acquisition d’éléments de la démolition de l’Hôtel-Dieu. Le Bull. Soc. arch. et hist. Orléanais annonçait à la fin des années 1920 : « M. Jouvellier fait connaître que M. de Tristan a fait dégager les pierres de l’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans, qui avaient été achetés par son grand-père, transportées au lieu-dit le Colombier, près de Cléry. Elles sont maintenant exhumées et conservées au château de l’É mérillon » (tome 21,1928-1929, p. 176).
  • [136]
    « J’ai l’honneur de vous prévenir que l’on commence à démolir la portion de la salle St Lazare (ancien hôtel-Dieu d’Orléans) que vous désiriez conserver comme monument historique » (MP, 81 /45/154, carton 51, lettre de Clouët, archiviste départemental, au ministre de l’Intérieur, Orléans le 8 août 1846).
  • [137]
    B.N., Département des manuscrits, Nouv. acqu. franç. 6105, fol. 210 ro.
  • [138]
    Napoléon Didron, « Mélanges et nouvelles », Annales archéologiques, tome III, 1845, p. 191.
  • [139]
    N. Didron, « Actes de vandalisme », Annales archéologiques, tome III, 1845, p. 293.
  • [140]
    « Séance administrative tenue à Paris le 21 janvier 1846 », Bulletin monumental, 12e vol., 2e série tome II, 1846, p. 133.
  • [141]
    A.N., F17 13269, procès-verbal de la séance du 24 janvier 1846.
  • [142]
    Ibidem, procès-verbal de la séance du samedi 7 février 1846. Voir Victor Hugo, Œuvres complètes, Paris, Club du livre français, 1968, tome VII, p. 1245.
  • [143]
    Le Moniteur universel, no 163,12 juin 1846, p. 1741-1742. Les rapports de Mérimée au ministre de l’Intérieur, au nom de la Commission des monuments historiques, ont été réunis dans Edmond Du Sommerard, Monuments historiques français à l’exposition universelle de Vienne, Paris, Imprimerie nationale, 1876. Le passage consacré à Orléans a été repris par Chénesseau dans « L’avis de Mérimée sur la destruction de l’Hôtel-Dieu d’Orléans », Bull. Soc. arch. et hist. Orléanais, tome XIX, no 220,1922, p. 230-232, puis par Jacques-Henri Bauchy, dans « Mérimée en Orléanais et la sauvegarde des monuments historiques », ibidem, tome X, no 83, janvier 1989, p. 20-21.
  • [144]
    « Découvertes et nouvelles », Rev. arch., tome III, première partie du 15 avril au 15 septembre 1846, p. 190-192.
  • [145]
    P. Mérimée, Correspondance générale établie et annotée par Maurice Parturier avec la collaboration de Pierre Josserand et de Jean Mallion, Paris, Le Divan, tome V, 1946, p. 6.
  • [146]
    « Séance tenue à Orléans par la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques », Bull. mon., 12e vol., 2e série, tome II, 1846, p. 404.
  • [147]
    Le Moniteur universel, 27 no 208, juillet 1847, p. 2243. Ce discours a été également été publié par Didron dans « Vandalisme dans les travaux d’arts », Ann. arch., tome VII, 1847, p. 113-133.
  • [148]
    MP, 81 /45/154, carton 51, lettre du directeur de la compagnie des chemins de fer d’Orléans au ministre de l’Intérieur, Paris le 21 juillet 1846.
  • [149]
    Albert Lenoir, Statistique monumentale de Paris. Explication des planches, Paris, Imprimerie impériale, 1867, p. 243 et p. 248.
  • [150]
    « L’administration municipale m’a fait remarquer que ces réserves avaient été faites au profit de la Ville que les objets réservés n’avaient point été demandés par le ministre et que par conséquent le don n’en avait pas été fait par délibération du conseil municipal » (Médiathèque du Patrimoine, 81 /45/154, carton 51, lettre de Clouët, archiviste départemental au ministre de l’Inté-rieur, Orléans le 20 juillet 1846).
  • [151]
    Ibidem, minute de lettre ministérielle au préfet du Loiret, 14 août 1846.
  • [152]
    Eugène Jarry, « Hôtels et maisons [d’Orléans] », Congrès archéologique de France XCIIIe session tenue à Orléans en 1930, Paris, Picard, 1931, p. 137 ; René Biémont, Orléans, Orléans, Henri Herluison, 1880, p. 234; E. Lepage, Les rues d’Orléans..., Orléans, Impr. orléanaise, 1901, p. 208-209.
  • [153]
    Un incendie détruisit en 1940 la totalité des inventaires et archives du musée historique (courrier de M. É ric Moinet, conservateur en chef des Musées d’Orléans, en date du 26 août 1999).
  • [154]
    On peut comparer le sort des éléments de l’Hôtel-Dieu d’Orléans avec celui des dépouilles de l’hôtel parisien de la rue des Bourdonnais construit au début du XVIe siècle pour Pierre Legendre (Voir notre article, « Vandalisme et défense du patrimoine architectural sous la monarchie de Juillet : la destruction de l’hôtel Legendre, 11, rue des Bourdonnais », Cahiers de la Rotonde, no 22,2000, p. 99-100).
Français

Un exemple de vandalisme municipal sous la monarchie de Juillet La destruction de l’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans, qui s’élevait aux abords de la cathédrale Sainte Croix, s’impose comme l’une des plus éclatantes démonstrations du vandalisme sous la monarchie de Juillet. Décidée par le conseil municipal, encouragée par le Conseil général du Loiret, elle avait été souhaitée dès la fin du règne de Louis XV, pour des raisons cumulées d’hygiène publique et d’aménagement urbain. Ce projet heurta de front la jeune Commission des monuments historiques, instituée en 1837 pour coordonner une politique nationale de protection monumentale. Elle convainquit son ministre de tutelle de l’interdire dans un premier temps, puis d’en limiter la portée. L’affaire s’envenima progressivement jusqu’au conflit ouvert entre élus locaux, prêts à la démission collective, et le pouvoir d’Etat, qui préféra céder, de guerre lasse et par souci de conciliation. Tout fut rasé, jusqu’à la belle salle Saint-Lazare élevée dans la seconde décennie du XVIe siècle. L’événement, stigmatisé par les pionniers de la défense du patrimoine que furent Mérimée et Montalembert, illustre le difficile cheminement dans l’opinion de l’idée de protection monumentale.

English

The demolition of the Hospital of Orleans.

A case of municipal vandalism during the Monarchy of July The pulling down of the ancient Hospital of Orleans, in the surroundings of the cathedral Sainte-Croix, is one of the most brilliant demonstrations of the municipal vandalism during the Monarchy of July. Decided by the common council, with the support of the conseil général of Loiret, it was a project planned since the eighteenth century for hygienic and urban reasons. This project triggered off a row with the young Commission des monuments historiques, founded in 1837 to organize a national politic for the protection of the historic monuments. Its attempts to forbid the decision degenerated into a general strife between the local and the central authorities. The state chose to give up and the monument has been pulled down. This event shows the slow progress of the idea of the protection of the historic monuments in nineteenth-century France.

Hervé Robert
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/12/2008
https://doi.org/10.3917/rhu.005.0135
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Société française d'histoire urbaine © Société française d'histoire urbaine. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
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